Transfert.net://archives: Un hacker français poursuivi par la DST
  Larsen, arrêté par la DST, est accusé par un juge anti-terroriste d’"atteintes au secret de la défense nationale". Léger problème : les informations qu’on l'accuse d’avoir divulguées sur le Net sont disponibles en librairie...

Arrêté par la DST, Larsen est accusé d’"atteintes au secret de la défense nationale". Mais, les informations qu'il aurait divulguées sont disponibles en librairie...

French hacker sued by intelligence agency
Vincent Plousey, 28 ans, est technicien de maintenance en téléphonie. Cet autodidacte se définit aussi comme un hacker à la retraite. C’est l’un des rares spécialistes français des fréquences radio, respecté comme tel par la communauté underground, qui ne le connaissait jusque-là que sous son pseudo : Larsen. Bien qu’il se soit retiré de la scène il y a maintenant deux ans, le hacker vient de passer deux mois en détention provisoire à la prison de la Santé. Classé DPS (Détenu particulièrement surveillé) lors de ses déplacements, Larsen est accusé par un juge anti-terroriste d’"atteintes au secret de la défense nationale". En mars 1998, le numéro "spécial police" d’HVU, son webzine, égrenait la longue liste des fréquences utilisées par la force océanique stratégique, l’armée de terre, la gendarmerie et la police nationale. Après plusieurs mois d’enquête (écoutes téléphoniques et électroniques, filatures, surveillance de son domicile), sept agents de la DST (Direction de la surveillance du territoire, chargée du contre-espionnage) sont venus, armes au poing, l’arrêter le 18 avril dernier.

Système répressif aveugle
Son avocat, Jean-Pierre Millet, spécialiste des libertés sur le Net, dénonce une dérive répressive : "un citoyen fureteur peut de bonne foi se mettre en danger à cause d’une législation inappropriée, d’un système répressif aveugle et inefficace, de la défaillance de certains corps d’État dans la sauvegarde de données théoriquement secrètes et de la libre circulation de données protégées dans un État et déclassifiées dans d’autres." Vincent Plousey, visiblement affecté par sa détention (lire son interview), avance ainsi que les fréquences divulguées, classées "confidentiel défense" selon le juge, proviennent en fait d’un "manuel pour opérateurs radios stagiaires" de la police nationale, dépourvu de toute mention de confidentialité. De plus, ces fréquences sont presque toutes obsolètes à ce jour, sans compter qu’elles n'ont jamais servi à effectuer des "transmissions opérationnelles", mais essentiellement à faire des tests... Et surtout, 90 % des informations sont disponibles dans des publications spécialisées, vendues en librairie, telles que les éditions allemandes Klingenfuss, disponibles chez General Electronic Service, et le Monitoring Times américain, vendu chez Brentanos.
Ne risquez pas la prison pour des conneries
Larsen écrivait dans son numéro spécial police être "conscient des risques encourus pour divulgation d’informations confidentielles concernant la défense nationale". Ses déboires ont confirmé ses craintes. Le 20 juillet, il publiait sur madchat.org(lire sur Madchat Larsen busté par la DST ), point de rassemblement de l’underground informatique francophone, une lettre en forme d’avertissement à ses pairs. Il y dénonçait le décalage entre les accusations et ses actes, tout en espérant que l'affaire serve aux autres de leçon : "faites tous gaffe à vous, ne risquez pas la prison pour des conneries". Alors que Larsen souhaitait par-dessus tout préserver son anonymat, Le Monde du renseignement, publication de référence sur les services secrets, a dévoilé fin août sa véritable identité. L'article ajoutait que "selon des sources proches de l’instruction, la présence d’un agent de renseignement dans l’entourage du pirate justifiait la méfiance du juge". Remis en liberté provisoire, Vincent Plousey, qui n’avait jamais entendu parler de cet "agent", a décidé de sortir de l’ombre pour exposer l’absurdité de son cas. Peut-on raisonnablement être traité comme un espion pour avoir compilé des "sources ouvertes" ? D’après le nouveau code pénal, il encourt jusqu’à cinq ans de prison et 500 000 francs d’amende.