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Les étranges liaisons de la milice parallèle du Front National
Dixit : Entre le Front National et certains services de renseignement, les passerelles sont multiples. Bruno Gollnish, bras droit de Jean-Marie Le Pen n’était-il pas, autrefois, secrétaire général des Centres d’études et de recherches de la Défense...

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Marchands d'armes: qui protège le réseau franco-croate?
Les étranges liaisons de la milice parallèle du Front National
Par Enrico Porsia

Tout le dossier "Menaces fascistes"


Cet article a été publié le 27 février 2002 dans le n°13 des Enquêtes interdites. Soutenez notre rédaction indépendante, abonnez-vous!




A
la fin de l'année dernière, entre novembre et décembre 2001, des fonctionnaires de la DST on effectué plusieurs voyages à Zagreb. En contact avec le service secret croate HIV, les enquêteurs français cherchaient, semble-t-il, à remonter la filière d'un énorme trafic d'armes international. Officiellement, les fonctionnaires de la DST auraient fait le voyage jusqu'à Zagreb à la suite du drame survenu le 2 septembre 2001 à Béziers. Dans cette ville de l'Hérault, un jeune homme puissamment armé avait ouvert le feu sur plusieurs personnes avant de lancer un défi aux forces de police qui l'ont abattu. En enquêtant sur l'origine des armes retrouvées en sa possession, notamment un lance-roquettes, les fonctionnaires de police seraient tombés sur la piste croate. Seulement, voilà, les enquêteurs français, une fois à Zagreb, se seraient contentés de s'intéresser aux seules activités d'un certain "James" Marty Cappiau, un ancien légionnaire belge qui s'etait recyclé dans le trafic d'armes, sans toutefois négliger ses performances de tueur à gages. C'est ainsi que Cappiau fut tué le 22 mars 2001, alors qu'il venait d'exécuter Vjekslav Slisko, un "big-boss" de la mafia croate. Cappiau s'etait enrôlé volontairement dans les milices croates au moment de la guerre contre la Serbie.

Très vite, l'ancien légionnaire était devenu un acteur incontournable du trafic d'armes, un marché en pleine expansion dans l'ex-Yougoslavie des années 90. Entre 1993 et 1995, Cappiau est très actif dans le contournement de l'embargo international vis-à-vis de la Bosnie. A cette époque, il travaillait en étroite collaboration avec Jacques Monsieur. Ce dernier est un homme d'affaires belge à la tête d'une société mauricienne, dont le sigle, Matimco, est l'abréviation de "matériels et armements, technologies et industries militaires". Inutile de spécifier que les affaires qui intéressent Jacques Monsieur doivent avoir un rapport avec le marché des armes. En dehors de Matimco, l'homme d'affaires belge avait des intérêts dans une société slovaque, Joy Slovakia, elle aussi spécialisée dans le commerce des armes, qu'il dirigeait... avec feu "James" Marty Cappiau! En 1996, un à-valoir d'un million de dollars est versé sur un compte suisse contrôlé par la société Joy Slovakia. Ce pactole provenait de Tchétchénie. Les rebelles tchétchènes du général Doudaïev ont été mis en contact avec le réseau des trafiquants d'armes de Monsieur et Cappiau à travers Bernard et Nicolas Courcelle. Le premier a une carrière impressionnante. Ancien parachutiste au 6e RPIM, il passe à la Direction de la protection et de la sécurité de la Défense (DPSD), la structure qui remplace depuis 1981 la sécurité militaire française et qui est également en charge du signalement des trafics d'armes et des recrutements de mercenaires...

En 1986, on retrouve Bernard Courcelle dans le privé. Il travaille pour la société Luchaire, qui devint célèbre pour avoir organisé, via des faux certificats de destination, des livraisons d'armes à l'Iran. En 1989, Bernard Courcelle a un nouvel emploi. Il travaille aux Musées nationaux. Tout naturellement il s'occupe de sécurité. C'est ainsi qu'il a pour mission de protéger la conservatrice du musée d'Orsay. Elle s'appelle Anne Pingeot, et c'est la mère de Mazarine, la fille de François Mitterrand. "Je m'occupais de préparer les visites, souvent impromptues, de François Mitterrand", ainsi Bernard Courcelle lui-même décrit-il son travail (François-Xavier Verschave, Noir silence, Les Arènes 2001, p. 300). C'était sans doute une tâche de confiance que la cellule élyséenne lui avait confiée. Quelques années plus tard, en 1994, Jean-Marie Le Pen, le chef du Front National décide d'innover en matière de service d'ordre. Il veut donner un nouveau souffle au Département Protection Sécurité (DPS), une véritable milice parallèle. Pour ce faire, il demande conseil à un ami. L'ex-commissaire Charles Pellegrini, un ancien de la cellule élyséenne, lui recommande un gaillard de talent. C'est ainsi que Bernard Courcelle se retrouve être le directeur national de la milice parallèle de Le Pen. De la surveillance des soutanes secrètes de l'Elysée à l'organisation des miliciens du Front National. Sans médiation. Une recommandation a suffi.

Pendant ce temps, son frère Nicolas, un ancien légionnaire, fonde en 1987 sa propre société de sécurité, le groupe Onze. C'est à travers cette entreprise que les deux frères organisent en 1993 la visite du général tchétchène Doudaïev au salon du Bourget. Ils ont des excellents rapports. Bernard Courcelle utilise même des lignes téléphoniques du Front National pour recruter des mercenaires désireux d'aller barouder en Tchétchénie. La guérilla tchétchène a besoin d'armes? Aucun problème, les frères Courcelle la mettent en contact avec "James" Marty Cappiau, le collaborateur de Jacques Monsieur. Les Tchétchènes se sentent en confiance, ils envoient un million de dollars sur un compte suisse, contrôlé par Jacques Monsieur, via la société Joy Slovakia. En 1997, une enquête menée par Stéphane Ravion, journaliste de l'agence Capa, révèle que par l'intermédiaire de Bernard Courcelle les combattants tchétchènes ont acheté pour un million de dollars d'armes. Seulement voilà, ils n'ont jamais reçu la moindre cartouche... La seule chose que leur fournit l'équipe Courcelle est un téléphone satellitaire Geolink, qui devient le principal moyen de transmission du général Doudaïev en personne. Est-ce ainsi que les services russes arriveront à le localiser et à l'éliminer?

En 1998, la police retrouve au domicile de Frédéric Jamet, fondateur du Front National Police, un chèque d'un million de marks allemands. Il provient d'une banque croate. S'agit-il de l'argent du trafic d'armes? Les fonctionnaires de police ne pourront jamais répondre à cette question, leur enquête est stoppée net. Quant au responsable frontiste Frédéric Jamet, il peut se permettre de ne pas répondre aux magistrats... en évoquant le secret défense. Le fondateur du FN Police se déclare en effet être un officier de renseignement français. Il faut bien admettre qu'entre le Front National et certains services de renseignement, les passerelles sont multiples. Bruno Gollnish, bras droit de Jean-Marie Le Pen n'était-il pas, autrefois, secrétaire général des Centres d'études et de recherches de la Défense...


Jacques Monsieur
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En 1993, la justice belge arrive à mieux cerner les activités de la société de Jacques Monsieur, la Matimco. Ils découvrent des faux en écriture, ils se rendent compte que les procédures d'autorisation sur le commerce de matériel de guerre ne sont pas respectées. Lentement l'enquête avance. En 1996, le juge d'instruction belge De Haan perquisitionne une propriété appartenant à Jacques Monsieur à Lignières, près de Bourges. Le magistrat, agissant sur commission rogatoire internationale, découvre une quantité impressionnante de documents. Face aux enquêteurs, le marchand d'armes, qui avait créé en France dans les années 80 une société d'import-export, se montre confiant. Il affirme avoir des relations importantes qui lui permettront de se tirer d'affaire. En clair, les services secrets français auraient eu connaissance de ses activités et les auraient même soutenues... D'ailleurs, le ministère de la Défense français attendra deux ans avant de se porter partie civile, condition nécessaire pour que des poursuites puissent être déclenchées. Jacques Monsieur sera finalement mis en examen en mai 1999. Les juges découvrent qu'il est au centre d'un réseau de négoce d'armes qui s'étend de la Croatie à la Bosnie, du Qatar à l'Afrique du Sud, du Congo Brazzaville à l'Angola en passant par la Côte d'Ivoire (il possédait même un passeport diplomatique ivoirien)... Pourtant, il sera laissé en liberté. Le quotidien Le Soir de Bruxelles fait état d'un document de taille. C'est une lettre de Jacques Monsieur. Il s'adresse à Jack Sigolet, l'ex-président de la banque du groupe pétrolier Elf, la Fiba, et à André Tarallo, le "monsieur Afrique" du groupe pétrolier. Monsieur menace de faire des révélations sur le rôle joué par Elf au Congo si la compagnie pétrolière ne lui garantit pas son "solde de tout compte" pour prix de ses services.

Monsieur avait organisé douze livraisons d'armes à destination de Brazzaville entre le 23 juin et le 28 septembre 1998, pour une valeur de 61.435.426 dollars. Le 9 décembre 1998 Jacques Sigolet conclut un accord avec Jacques Monsieur à Genève. Le marchand d'armes ne recevra que... 5 millions de dollars ainsi que la garantie de la part d'Elf de favoriser ses affaires au Congo comme en Angola. Mis en examen par la justice belge et française, Jacques Monsieur s'envole en Iran en novembre 2000. Il y possède de solides relations. Notamment avec l'entreprise d'Etat Modelex, qui produit du matériel militaire. Pourtant, les Iraniens accusent Monsieur d'espionnage et le condamnent à 10 ans de prison ferme. Ainsi, le marchand d'armes peut échapper aux enquêteurs belges et français, sans être accusé de s'être soustrait à l'enquête. Les Iraniens font savoir q'il est en prison. Toutefois, sa lourde peine peut être convertie en une amende de 400.000 dollars. Jacques Monsieur ne fait pas appel. Il a de quoi payer. Il veut se remettre au travail et, surtout, effacer ses traces.

Début 2001, le procureur de Zagreb, Vesna Abramovic a transmis à la justice française trois demandes de commissions rogatoires. Etrangement, les autorités de l'Hexagone disent ignorer ces requêtes (Le Figaro 06.02.2002). Dans le collimateur du procureur croate, trois individus. Mario Abulina, Sanko Luik et Marco Ivanovic. Ils sont soupçonnés d'être des maillons importants d'un trafic d'armes qui, depuis la Croatie, inonderait l'Europe avec du matériel militaire en provenance de l'ex-Yougoslavie. Dans le réseau, il y aurait plusieurs militaires croates ayant servi dans la légion étrangère. Les armes transiteraient, cachées dans des épaves de voitures, via l'Autriche et seraient réceptionnées en France, dans la région de Nice. La justice de Zagreb estime que, seulement pour l'année 1997, ce trafic, entre la France et la Croatie, aurait généré un chiffre d'affaires d'environ trois millions d'euro. Le magistrat Vesna Abramovic décide de mettre sous écoute téléphonique les suspects. La Justice croate découvre ainsi que Mario Abulina, Sanko Luik et Marco Ivanovic sont en relation étroite avec une société basée à Roubaix, qui n'est rien d'autre que la succursale française d'International Consulting Services Zagreb, une sociétéfondée par... "James" Marty Cappiau, l'ancien légionnaire devenu le collaborateur de Jacques Monsieur.

Le 14 janvier 2002 à Carros-le Broc, tout près de Nice, une roquette d'origine russe explose dans une cache d'armes dissimulée dans les locaux de la société SAF (Stores azur France ). Il y a deux morts et un blessé grave. Les enquêteurs de la gendarmerie de Grasse, la Brd de Nice et la section de recherche de Marseille font preuve de grande discrétion... pourtant, plusieurs éléments de l'enquête tendent à mettre en évidence la piste des trafiquants d'armes franco-croates.

Bizarrement, lors de leur visite à Zagreb, à la fin de l'année dernière, les fonctionnaires de la DST, ont limité leurs investigations à la seule personne de feu "James" Marty Cappiau. Selon nos informations, ni les activités de Jacques Monsieur, ni celles des frères Courcelle, n'auraient fait l'objet de recherches de la part des hommes du ministère de l'Intérieur français. Dommage, car il est de notoriété publique que Cappiau avait des excellentes relations avec Bernard Courcelle, l'ancien officier de la Direction de la protection et de la sécurité de la Défense, qui après avoir assuré la protection de "la deuxième femme" de Mitterrand était devenu le patron de la milice parallèle de Jean-Marie Le Pen. En parlant de Cappiau, Bernard Courcelle affirmait: "C'était un type qui avait de la classe... Quand il venait en France, il achetait au moins 4 paires de Weston d'un coup". (Le Figaro 06.02.2002). En effet, si on imagine que Courcelle et Cappiau se retrouvaient en France uniquement pour acheter des chaussures, il n'est pas nécessaire de pousser les investigations bien loin...

Cet article a été publié le 27 février 2002 dans le n°13 des Enquêtes interdites. Soutenez notre rédaction indépendante, abonnez-vous!


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