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La Poste nous avait fait le coup l'an dernier, et puis cet été
: elle offre une adresse e-mail à vie de type prénom.nom@laposte.net
à tous les Français. Quand on sait que les bureaux de poste
sont équipés de "cyberstations" qui permettent de
se connecter au net, et que nombre de Français vont vraiment croire
qu'il s'agit là d'une véritable e-révolution
du service public, ça a déjà de quoi faire frémir
: pour se créer un e-mail à La Poste, il faut en
effet décliner son identité.
Outre le prénom.nom comme login, ce qui constitue déjà
une entorse aux régles basiques de la protection de la
vie privée sur l'internet, il faut en effet fournir obligatoirement
son adresse ainsi que sa date de naissance, et, si on veut, ses
n° de téléphone et de fax. Double entorse aux régles
basiques de protection des données personnelles. Et de
trois : la case "Acceptez vous que ces informations soient
utilisées par d'autres que La Poste ou ses partenaires
?" est pré-cochée. Nul doute que nombre d'internautes
débutants ne penseront pas à la décocher.
Et quand on sait que c'est La Poste qui a converti les PME françaises
au marketing direct, et qu'elle est responsable de la majeure
partie des spams que l'on reçoit dans les BAL "physiques"qui ornent
nos logis, il y a vraiment de quoi s'inquiéter.
Mais il y a pire. Jack Lang vient d'annoncer une "initiative
qui se place dans une démarche globale de pédagogie,
de citoyenneté et d'appropriation d'Internet, un acte sans
précédent, une premiére mondiale". La
Poste et le ministére de l'éducation nationale viennent
en effet de signer un partenariat pour fournir un e-mail gratuit
aux 12 millions d'écoliers français, et à leur million
de profs. "Pour une bonne nouvelle, c'est une bonne nouvelle",
comme le précise Jack.
Mais quid de la protection des données personnelles ? L'adresse
sera "confidentielle, accessible par mot de passe personnel,
sécurisée et permanente, gratuite et ne comportant
aucune contrepartie publicitaire, elle reposera sur les principes
fondamentaux que sont la gratuité, la neutralité
politique, religieuse et commerciale, la protection de la vie
privée et la liberté individuelle", dixit la
convention signée par les deux parties. En attendant, le
formulaire
en ligne est le même que celui qui demande la date de naissance,
et invite d'emblée les internautes à être
spammés.
Selon La Poste, interrogée par Transfert, cela devrait
être corrigé, l'autorisation des parents d'éléves
mineurs devra être sollicitée et il n'y aurait vraiment
pas de quoi s'inquiéter. Mais que lit-on dans les Conditions
d'utilisation ? "L'éléve ou l'adulte responsable
s'engage à compléter en bonne et due forme le formulaire
d'inscription en fournissant des informations exactes. Il s'engage
notamment à ne pas créer de fausse identité
de nature à induire en erreur quant à l'identité
de l'expéditeur ou l'origine du message". De plus,
sauf demande expresse, l'utilisateur s'engage à être
référencé dans l'annuaire de La Poste...
qui exploite à fond ses données.
Au chapitre V "PROTECTION DES DONNÉES A CARACTÈRE PERSONNEL",
on lit ainsi : "L'Utilisateur donne expressément son
consentement pour que les données à caractére
personnel le concernant (...) ne soient traitées que pour
les finalités de la messagerie électronique, de
la mise à disposition des informations et services dont
La Poste enrichira son offre au fur et à mesure ou pour
tout service complémentaire". On ne saurait être
plus clair. La Poste a beau jeu de préciser qu'elle "garantit
que ces données à caractére personnel ne
seront pas communiquées à des tiers ou utilisées
pour le compte de tiers à des fins de prospection commerciale",
la question n'est pas là : c'est elle qui s'occupe d'acheminer
les spams, elle n'a donc pas besoin de revendre les données
pour qu'on soit spammé.
Une fois de plus, l'état, un de ses services publics, et
le ministére responsable de la formation de nos djeun'z,
prennent les gens pour des gogos et leur font prendre des risques
inutiles. Sans parler du fait que cela fait des années
qu'il est possible de se créer une adresse e-mail en toute
confidentialité. La réponse se situe peut-être
aussi dans un papier de Libé, "Des accrocs
dans la Toile", qui nous apprend que les ventes par Minitel
sont sept fois plus importantes que celles du commerce électronique.
D'où la campagne massive de pub de France Télécom
pour son i-minitel. D'où peut-être aussi cette invitation
au fichage en régle émanant de l'institution qui
a le plus, et le mieux, contribué au développement
du spamming "réel" et de l'exploitation des données
personnelles... les business models de la "nouvelle économie"
reposant souvent, en tout ou partie, sur ce genre de fichage des
gens.
Transfert - Tu veux un e-bonbon, mon petit ?.
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