Fin novembre, la gendarmerie annonçait avoir arrêté
un Belge accusé d'avoir diffusé des images pédophiles
sur le Net. Le plus étonnant était que seule la "source"
avait été arrêté, pas le réseau
dans son entier, mais qu'un communiqué de presse avait quand
même été envoyé à l'AFP. Le commandant
de gendarmerie avoue lui-même à Transfert
les vraies raisons de la médiatisation : "Dire qu’il
s’agit d’un réseau organisé est, pour l’instant, faux
puisque nous n’en savons rien". Alors pourquoi médiatiser
l'affaire ? Parce que le ministère de la Justice cherche
à mettre à jour les méthodes employables en
pareil cas. Autrement dit : "Les douaniers ont obtenu le droit
de monter des provocations pour piéger des pourvoyeurs de
drogue : nous voudrions être autorisés à utiliser
ces méthodes pour faciliter nos recherches sur Internet".
Début
novembre, un juge italien faisait arrêter 831 internautes
(et lançait des mandats conter 660 étrangers) qu'il
avait réussi à coincer grâce à un vrai-faux
site pédo (créé avec l'aide de... Microsoft).
Le Conseil supérieur de la magistrature ouvrait lui aussi
une enquête, mais à l'encontre du magistrat : on
lui reprochait d'avoir mis sur pied le site espion et d'avoir
de facto «provoqué des délits»... Ce
qui est illégal.
Ce genre de pratiques est monnaie courante au FBI. Il ne se passe
pas une semaine, ou presque, sans que l'on apprenne qu'un gogo
s'est fait chopper de la sorte. Les agents passent parfois des
mois à tenter les pervers pépères sur des
chatrooms et, pour certains, ne font que ça de leurs journées.
Au final, ils prennent rendez-vous, et le présumé
pédo, attiré par la pseudo lolita, finit au trou.
L'affaire la plus médiatisée toucha l'un des inventeurs
du langage java (qui était enter temps passé chez...
Disney). Au bout de 9 mois de chat, il acceptait finalement le
rendez-vous. Au tribunal, il contesta la méthode, arguant
qu'il fantasmait effectivement sur les lolitas mais qu'il ne serait
jamais passé à l'acte. Il s'en est sorti en passant
un deal avec le FBI : il doit développer pour eux 5 programmes
anti-pédo...
Il ne se passe pasune semaine sans qu'on nous râbache les
oreilles avec les "pédonazis" qui peupleraient
en masse l'internet. Les pédophiles sont devenus, avec
les nazis, un argument massue pour ceux qui voudraient pouvoir
fliquer, policer et surveiller le web tous azimuts. Et plus on
parlera de "pédonazis", plus les forces de l'ordre
auront de pouvoir sur le réseau. Et si c'est pour avoir
le pouvoir de tendre des pièges aux gogos, ça ne
relève plus du "maintien de l'ordre", mais du
pousse au crime, de la présomption de culpabilité,
sinon de l'incitation à mettre les gens en prison. Les
USA, qui ont légalisé ce genre de piège,
ont plus de personnes en prison que l'URSS n'en a jamais eu dans
ses goulags. La marche forcée vers la "société
de surveillance", qu'on appelle ça.
Le problème est moins dans le fait qu'il y ait des pédophiles
sur le net que les méthodes employées pour les retrouver.
Transfert interrogeait récemment Laurent
Chemla, figure historique du réseau, dont les propos
sur les pédos sont probablement les plus sensés
qu'on ait jamais exprimés : "C’est très bien
les sites pédophiles, on n’a jamais autant arrêté
de pédophiles que depuis qu’il y a l’Internet : avant ils
se cachaient, maintenant ils se montrent et s’expriment en public,
c'est d'autant plus facile de les retrouver !" Alors pourquoi
créer de vrais-faux sites ou transformer des agents du
FBI en lolitas passant leurs journées à chatter
? Autrement dit, à qui profite le crime à partir
du moment où l'on arrête surtout des présumés
pédophiles, plutôt que ceux qui tirent les ficelles
des réseaux ?
La guerre à la drogue menée aux USA depuis des années
est un bon indice en la matière : on a tellement arrêter
de simples consommateurs que le business des prisons, et de tout
l'arsenal technologico-répressif qui permet de les arrêter,
a connu une expansion sans précédent, contribuant
au développement sans frein de l'industrie de la surveillance.
Comme dans toute économie, ses commerçants ont besoin
de voir se développer le marché. Donc de trouver
de nouveaux "clients". Et comme il s'agit là
de l'internet, le business surfe sur l'hystérie des "pédonazis",
les forces de l'ordre aussi. Elles ont tout intérêt,
afin d'obtenir plus de moyens, plus de budgets, à ce qu'il
y ait tout plein de pédophiles. Quitte à créer
eux-mêmes des sites "interdits", et illégaux.
Transfert - Le
combat est gagné d'avance
Transfert - Images
pédophiles : les gendarmes veulent jouer la provoc'
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