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L’internet sur la sellette
Dixit : L’interdit

Voir aussi les dossiers interdits de la campagne présidentielle.

On pourrait croire qu’en période de "fête" on parlerait d’autre chose que des "dangers" qu’amènerait à notre société une liberté d’expression sans frontière. Internet est pourtant l’outil -le seul- qui permet à ceux qui le souhaitent d’exercer enfin ce droit de l’homme garanti par l’article 19 de la Déclaration Universelle du même nom. Ce droit ignoré, laissé de côté comme quantité négligeable, voire dénigré par ceux qui n’ont jamais manqué de cette liberté aujourd’hui offerte à tous.

On pourrait croire qu’en période électorale les candidats nous proposent leur vision d’une société révolutionnée par la liberté d’expression de tous et par la disparition des hiérarchies verticales, plutôt que des sempiternels blablas sur un retard annoncé depuis des années par tous les spécialistes à des gouvernements qui s’en fichaient.

Mais non. Il n’est toujours question que de dangers qu’il faut réguler, il n’est toujours question dans le meilleur des cas que de l’avenir des nouveaux marchés.

Je n’entends que des discours politiques identiques qui n’intègrent Internet que comme un outil de croissance quand j’espère apprendre ce que sera une société où chacun aurait enfin le droit à la parole publique. Et quand je souhaite savoir lequel défend ce droit fondamental et lequel lui préfère la garantie d’un réseau sans aucun délit, je ne vois que des promesses jamais tenues d’égalité d’accès.

Le suffrage universel serait un danger

Et en lisant l’édito d’un journal du soir (1) j’apprends qu’il ne serait de liberté d’expression valable que celle des professionnels : la vérité ne serait possible que garantie par des obstacles tant déontologiques que commerciaux. Le marché là encore serait garant de la vérité, la carte de presse serait garante d’une information vérifiée, et tout le reste, produit par des incompétents, relèverait du mensonge.

La liberté d’expression pour tous serait donc... un danger pour la liberté d’expression !

J’ose cependant affirmer que bien des questions qui agitent aujourd’hui ceux qui se présentent aux élections pourraient trouver des réponses dans cet espoir qu’offre le réseau de redonner la parole au peuple, non seulement en période électorale mais en permanence. J’affirme que le réseau peut permettre à des jeunes de trouver d’autres moyens d’expression que la violence, pour peu qu’on décide de les former. J’affirme que notre pays a besoin plus que jamais de donner la parole à tous, pour que personne ne se sente exclu ou ignoré, pour que chacun retrouve le plaisir de la citoyenneté.

Les médias, comme les hommes politiques, ne l’ont toujours pas compris, quels que soient les discours affligeants qu’ils nous imposent une fois par an, à l’occasion d’une fête cache-misère.

En 1847, certains disaient que le suffrage universel serait un danger. Selon eux, le droit de vote aurait dû être réservé à une caste comme devrait l’être aujourd’hui le droit d’informer. J’imagine qu’à l’époque aucun homme politique n’était non plus capable d’annoncer une société future dans laquelle chacun pourrait voter.

J’espère pour ma part que tous les citoyens vont user plus que jamais de ce droit qu’on avait voulu leur refuser voilà 155 ans, et user surtout toujours d’avantage de ce droit nouveau qu’offre Internet, tant que c’est encore possible.

Laurent Chemla
 Acteur de l’internet solidaire, Laurent Chemla vient de publier chez Denoël Les confessions d’un voleur, disponible aussi en Lyber sur http://www.confessions-voleur.net/.

(1) Editorial du Monde du 20 mars, consacré au Net et à la rumeur : « L’information est un travail, avec ses règles, ses apprentissages, ses vérifications. Grâce à la liberté qu’offre le Net, certains croient pouvoir s’en émanciper et propager le faux sans rencontrer les obstacles professionnels, déontologiques ou commerciaux qui sont ceux des autres médias. S’ils se font ainsi une notoriété, c’est hélas au détriment de la liberté, qu’ils discréditent, et de la démocratie, qu’ils rabaissent à un jeu d’ombres où le complot serait partout et la vérité nulle part. »