bUg <BR>Oth3r | Sécurité | vie privée | RE:vue de web |     | vie-privee.org | Big Brother Awards France | RenseignementsGeneraux.net
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INTERMAIL : Etes-vous fichés par les RG ?
Dixit : InternetActu (abt requis).

Le mouvement des défenseurs de la protection des données personnelles sur le réseau a mis en ligne le 14 mars un nouveau-né : renseignementsgeneraux.net.

Un de ses géniteurs livre les raisons qui l’ont poussé à créer un nouveau site. Il nous expose également sa vision de l’hacktivisme, de la liberté d’expression et d’information sur le réseau.

Un réseau qui semble bien disposé face à de telles initiatives puisque à peine 24 heures après son lancement, le site comptabilisait près de 1.300 visiteurs.

> 1)Dans quelle démarche s’inscrit la création de ce nouveau site ? Qui est derrière renseignementsgeneraux.net ? Pas les RG visiblement... :)

Les fonctionnaires des Renseignements Généraux ont la fâcheuse tendance de se vêtir de vestes tombant à mi-cuisse, tout en ayant une coupe réglementaire de type étudiant en école de commerce. Ce qui n’est pas forcément très séduisant, mais contribue, par contre, notablement à les identifier dès qu’ils pointent le bout de leur nez. Et ce d’autant plus qu’ils semblent généralement fort timides, et restent donc en-dehors de la mêlée dès qu’il s’agit de manifester. Nous ne nous reconnaissons pas dans cette description, et ne sommes donc point des RG, effectivement, quand bien même nous n’avons, par ailleurs, rien contre eux : ils font leur boulot, nous aussi.

Par ailleurs, si renseignementsgeneraux.net n’arbore guère les atours flashy des sites tendance, c’est pour mieux rendre hommage à la sobriété de leur homepage (http://www.interieur.gouv.fr/police/dcrg/dcrg.htm), dans la tradition de l’hacktivisme à la RTMark.com (pionniers de la subversion médiatique dont bugbrother.com, co-fomenteur du site, a traduit le modus operandi en français, cf http://www.rtmark.com/homefr.html), voire à la etoy.com (dont le jeu en ligne toywar.com avait fait perdre 4 milliards de dollars à etoys.com, un supermarché de jouets en ligne qui avait eu l’outrecuidance de faire fermer, par décision de justice, le site de ces artistes).

En l’espèce, et comme indiqué sur le site, renseignementsgeneraux.net émane donc de défenseurs des droits de l’homme, de la vie privée et des mouvements sociaux qui s’étaient déjà illustrés avec la no-zelig.org, "hackmeeting des contre-cultures digitales", le tout avec le soutien tacite du Forum de l’Insoumission et de la Désobéissance Sociale (http://forum.samizdat.net), sans oublier Lautre.net, LSIjolie.net, le bulletin lambda, Globenet.org, Ras l’front, Calle Luna...

> 2) A qui pensez-vous que votre travail s’adressera d’abord ? Aux internautes éclairés ou plutôt au grand public ?

Nous ne disposons pas d’un budget de campagne présidentielle, non plus que d’un partenariat avec La Poste -qui n’a pas hésité à envoyer 4 millions de lettres afin d’inciter les Français à se doter d’une adresse e-mail de type "prenom.nom@laposte.net", au mépris des règles les plus élémentaires de protection de la vie privée, cf. leur nomination aux Big Brother Awards France : http://www.bigbrotherawards.eu.org/2001/nomines/laposte.html.

Nous n’avons point pris parti pour Jacques Chirac, et avons plutôt tendance à dénoncer l’hystérie sécuritaire ambiante, au risque d’être ignoré par TF1, LCI & Le Figaro (entre autres). Liberation.com a bien parlé de notre initiative, tout comme ZDNet.fr et Transfert.net (entre autres sites web), mais force est de constater que l’on vend plus un journal (radio-télé-papier) en titrant sur "Chirac est-il vieux ?" (dixit Jospin), que sur un improbable "contre-fichage" policier...

Le Monde, France Inter, Arte, Canal, etc., tous médias "grands publics", semblent ignorer l’existence des fichiers policiers tels que le STIC ou le SIS. Quand bien même ces fichiers concernent plusieurs millions de Français (sans parler des "étrangers") et qu’ils soient pour une bonne part attentatoires à la vie privée, voire maintenus de façon "illégale" par les forces de l’ordre. Ce qui pourrait, pourtant, donner lieu à nombre d’articles de presse, au vu de l’ampleur prise par le problème.

Renseignementsgeneraux.net s’adresse ainsi, comme indiqué sur le site :
 1. à tous les militants politiques, et ce d’autant plus s’ils ont manifesté, qui plus est à l’étranger (sont-ils une "atteinte à la sûreté de l’État", ou pas ?),
 2. à tous ceux qui ont eu affaire aux forces de l’ordre, quand bien même ils n’aient pas été condamnés (sont-ils "inconnus défavorablement des services de police", ou pas ?)
 3. à tous les demandeurs d’asile, notamment politiques (sans parler des "sans-papiers" qui, paradoxalement, sont néanmoins sur-fichés...),
 4. à tous ceux qui connaissent intimement des personnes rentrant potentiellement dans les deux catégories sus-citées (le fichage policier concernant aussi les "proches" des fichés).

Ce qui fait beaucoup de gens... Et nous attendons avec impatience les réactions du Monde, de Ouest France, de La Provence, l’AFP, Reuters, AP, sans parler des "magazines de société", etc. Quand bien même nous savons que les informations publiées sur le web sont généralement ignorées par les journalistes, alors que, pourtant, et à la différence des médias sus-cités, nous apportons, nous, la preuve (par les liens) de ce que nous avançons. En l’occurrence, l’existence, et les abus, de fichiers policiers non-contrôlés.

> 3) Est-ce que la démarche informative, que vous semblez adopter avec Bugbrother.com et renseignementsgeneraux.net, est pour vous la suite logique de l’hacktivisme ou juste un autre moyen ?

"Information=pouvoir", dit la maxime adoptée par les hackers, les hacktivistes ou encore Act Up. Il fut un temps, les journalistes usaient parfois de ce "4ème pouvoir", aujourd’hui, moins. Mais à mesure que la liberté d’expression est un droit qui, avec le Net, est enfin à la portée de tout un chacun (nul besoin d’être encarté, d’avoir un rédac’ chef ni de dépenser des milles et des cents pour pouvoir s’exprimer), l’aspect politique de l’information reprend ses droits.

Renseignementsgeneraux.net s’apparente peut-être, pour certains, à de l’hacktivisme : pour nous, il ne s’agit surtout de suppléer aux carences de l’État. Comment expliquer autrement le fait que nous devions rappeler aux citoyens leurs droits (prévus par la loi Informatique et Libertés de 1978) en matière de fichage et d’interconnexion des fichiers parce que les instances représentatives (et payées pour cela, contrairement à nous) ne le font pas, au mépris des missions qui leur sont confiées ?

C’est une action on ne peut moins "subversive", ou, dit autrement, on ne peut plus légaliste. Si l’État, et la CNIL, faisait correctement leur travail, nous n’aurions pas eu à lancer un tel site. Nous intervenons donc à la manière d’un "service public" qui rappellerait aux gens leurs droits, et ce d’autant que ceux-ci sont bafoués (le STIC a par exemple été entretenu par les employés du ministère de l’Intérieur, en toute illégalité, pendant 6 ans... qui en a parlé ?).

De même, LSIjolie.net (partenaire de cette campagne) a lancé une "saisine citoyenne du Conseil Constitutionnel" parce que les parlementaires ont osé adopter une "Loi sur la Sécurité Quotidienne" au mépris de la Constitution. De même, le "Forum de l’Insoumission et de la Désobéissance Sociale" a initié un certain nombre d’actes de "désobéissance civile" (filmés par les RG) qui n’étaient jamais que la dénonciation de manoeuvres illégales orchestrées ou avalisées par le gouvernement à des fins électoralistes, sur fond d’hystérie sécuritaire.

Nous n’incitons à aucun comportement illégal, mais bien au respect des droits qui nous sont conférés depuis des années, et sur lesquels d’aucuns voudraient revenir au nom d’une pseudo-lutte contre le "terrorisme".

Le gouvernement a bien lancé un site permettant de faire valoir ses droits en matière de fichier policier : il est en effet possible de commander son casier judiciaire en ligne (http://www.cjn.justice.gouv.fr/), alors pourquoi pas un site réclamant les mêmes droits en matière de fichiers RG, STIC & SIS ?

> 4) Quel avenir voyez-vous à l’hacktivisme ? Quelle forme et quels moyens adoptera-t-il par exemple ?

Le projet de redéfinition, à l’échelle européenne, de la notion de "terrorisme" pourrait requalifier les actes de José Bové, l’arrachage de parcelles OGM, le fait de manifester contre la privatisation des services publics, de porter à la connaissance du grand public les égarements de ceux qui ont pourtant été élus, ou désignés, pour représenter les intérêts des citoyens (comme nous le faisons avec renseignementsgeneraux.net), comme relevant d’"atteintes aux infrastructures de l’Etat", et donc du terrorisme.

Si le droit de manifester dans la rue est reconnu depuis plus d’un siècle, celui de manifester en ligne sera, par contre, qualifié de terroriste. Le droit à la parodie (cf. les affaires jeboycottedanone.com, ou ratp.org), la liberté d’expression, sont eux aussi criminalisés. La liberté d’utiliser la cryptographie (seule garante de la protection de la vie privée, ainsi que de la signature électronique) sont eux aussi visés. L’Internet a été placé sous cybersurveillance suite aux attentats...

Mais sinon, ça va. Les forces de l’ordre, et plus particulièrement les services de renseignements, n’ont eu de cesse de vouloir se servir de l’Internet et des nouvelles technologies pour mieux pouvoir contrôler les gens. L’Internet fait peur à tout plein de gens, notamment à ceux qui pensent être les plus puissants parmi les puissants. Ce qui a, certes, entravé nombre de gens, certains se retrouvant même condamnés à des amendes, sinon à de la prison, d’autres (hackers, essentiellement) étant contraints-forcés de cesser leur activités pour devenir d’"honorables correspondants" desdites forces de l’ordre. Ce qui n’a pas empêché, cela dit, l’Internet de devenir aujourd’hui un formidable espace de libertés, et de contre-pouvoirs face à ces mêmes "tous-puissants".

A défaut de vous parler de ce que sera l’hacktivisme, et alors que l’on nous rebat les oreilles depuis des mois à propos d’une pseudo-montée de l’insécurité, ce que l’on peut constater, c’est que la criminalisation de certaines catégories bien particulières de la population (défenseurs des droits de l’homme, militants politiques, populations défavorisées, ou basanées, etc.), leur placement sous (cyber)surveillance, le fait de miser sur le tout-répressif -quitte à rogner sur les droits et libertés-, n’a jamais servi à rien ni personne. Sinon à aggraver la situation et à créer des situations de conflits, à transformer la présomption d’innocence en suspicion de culpabilité, le tout finissant généralement fort mal.

Ce qui n’a jamais empêché les défenseurs des libertés de continuer à se battre pour ce qu’ils estiment être juste.

A bientôt, donc.