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91% des sites américains collectent des informations sur leurs visiteurs
Dixit : Journal du Net, Vivrele.net.

Selon l’enquête annuelle commandée fin décembre par la Progress & Freedom Foundation et réalisée par Ernst & Young, et dont le site e- Marketer publie les principaux résultats, 91% des sites américains interrogés déclarent collecter des informations personnelles sur les internautes qui viennent les visiter. Il s’agit à la fois de données permettant d’identifier et localiser l’internaute (nom, adresse postale, adresse mail ou numéro de téléphone...) et de données plus générales comme ses caractéristiques socio-démographiques (age, sexe, profession, revenus...) ou ses préférences.

La plus grande majorité des sites (90%) collectent des données permettant d’identifier et localiser l’internaute. L’e-mail du visiteur figure parmi les informations les plus souvent demandées par les sites américains interrogés (89%). En revanche, ils ne sont que 48% à collecter des données socio- démographiques ou les préférences des internautes et, surtout, aucun d’entre eux ne déclarent se limiter à ces seules informations qui ne permettent pas d’identifier le visiteurs.

Cette enquête montre également qu’entre décembre 2000 et décembre 2001, les sites américains interrogés ont été moins nombreux à déclarer collecter des données personnelles permettant d’identifier les internautes ou de les localiser : de 97%, ils sont passés à 90%. Cette baisse est encore plus importante pour les données socio-démographiques ou les préférences, puisque le pourcentage de sites déclarant les collecter passe de 68% à 48%. Il en va de même pour ceux annonçant utiliser les cookies, qui passent de 57% en 2000 à 25% en 2001.

Cette baisse généralisée s’explique selon Progress & Freedom Foundation par une meilleure prise en compte des inquiétudes des internautes américains de plus en plus réticents à communiquer leurs données personnelles en ligne. Selon une enquête réalisée en novembre par l’UCLA Center for Communication Policy, et que cite e-Marketer, le nombre d’internautes concernés par la protection de leur données personnelles sur Internet est passé de 61,7% en 2000 à 71,3% en 2001.

Une inquiétude que les sites américains interrogés essayent de contrecarrer grâce à une information plus importante sur leur politiques en matière d’exploitation des données personnelles. 87% des sites américains interrogés déclarent ainsi afficher un élément de leur politique en matière de protection des données personnelles. Ils sont d’autant plus précis que les informations récoltées en ligne peuvent être partagées avec des sites partenaires, proposant dans ces cas aux internautes une solution d’opt-in. Entre 2000 et 2001, le nombre de sites les plus fréquentés proposant l’opt-in a plus que doublé, passant de 15% à 32%.  

La situation américaine est hautement intéressante. En effet, un revirement de situation est en train de se dérouler, sous l’impulsion de nombreuses associations, revirement qui consacre la protection de la vie et des données personnelles de l’internaute. Ainsi, de nombreuses actions - notamment individuelles - se développent pour lutter efficacement contre le spam. A titre anecdotique, on peut citer le cas d’un internaute de l’Oregon qui a obtenu d’une société commerciale une somme de 5.000 US$ pour le temps passé à télécharger, lire et répondre aux emails non sollicités.

En France la situation n’est hélas pas la même. En raison sans doute de l’éternel décalage avec les USA, aucune mesure véritablement efficace n’a été prise pour améliorer les conditions de captation des données personnelles et de leur revente. Ainsi, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) n’a eu l’occasion de se pencher que sur quelques domaines précis (Internet au travail, sites de e-commerce, sites de e-santé). Le régime juridique applicable est quant à lui naissant vu que des débats ont eu lieu avant l’interruption de la session parlementaire dans le cadre de la modification de la loi de 1978 sur la société de l’information.

Le sujet principal est le choix de la modalité applicable aux courriers électroniques non sollicités. Le projet prêchait plutôt en faveur d’un opt-out, plus favorable aux sociétés de e-marketing car présumant un accord tacite de l’internaute tandis que la Commission des lois de l’Assemblée nationale souhaitait un régime plus strict, celui de l’opt-in. Mais, au final, il faudra attendre la fin de l’année 2002 voire le début de l’année 2003 pour que le projet de loi soit définitivement adopté et que le régime applicable à la collecte des données personnelles soit réellement défini. En attendant ce sont les juges qui fixent les limites et qui - comme ce fût le cas au mois de janvier 2002 - résilient les contrats d’accès à Internet des spammeurs.

Pour illustrer ce décalage avec le revirement américain actuel, on peut citer la création voici quelques semaines d’une nouvelle filiale au sein du Groupe Wanadoo : Wanadoo Data. Cette filiale de Marketing Direct annonce sur son site la commercialisation de fichiers de 19 millions de foyers de particuliers (dont 50.000 foyers avec enfants et 3 millions d’abonnés Wanadoo) et la possibilité d’une prospection commerciale par email grâce à "une base de plus de 350.000 internautes français ayant donné leur autorisation pour recevoir des offres commerciales selon leurs centres d’intérêts (opt-in)".