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Les prisons débordées par l’afflux de malades mentaux
Dixit : Un "grand asile peuplé de fous" : c’est ainsi qu’une psychiatre, exerçant en milieu carcéral, a dépeint sa première impression lors de son arrivée dans une prison de la région parisienne, au début des années 1990.

Rendues publiques, mardi 16 avril, par les ministres de la santé et de la justice, Bernard Kouchner et Marylise Lebranchu, les conclusions d’un rapport conjoint des inspections générales des affaires sociales (IGAS) et des services judiciaires (IGSJ) sur la qualité des soins en prison, font état d’une augmentation inquiétante de la proportion de malades mentaux parmi les détenus. Or si "d’indéniables progrès" ont été réalisés en matière de médecine générale pour les détenus, les inspections ont constaté que le "dispositif actuel de soins psychiatriques n’est pas en mesure de répondre à la demande de santé mentale, aussi bien à l’intérieur de la prison qu’à l’extérieur".

(...)

"Tous les interlocuteurs de la mission - qu’ils relèvent du système judiciaire, médical ou de l’administration pénitentiaire -, ont souligné les difficultés croissantes rencontrées dans la gestion des problèmes mentaux en prison", relèvent les inspections. Le rapport évalue à au moins un quart la proportion de personnes présentant des troubles mentaux en prison. "En 1997, on pouvait évaluer le pourcentage des entrants en prison souffrant de troubles mentaux entre 14 % et 25 % chez les hommes et jusqu’à 30 % chez les femmes, explique la mission.Selon la majorité des personnes interrogées, cette proportion et la gravité des troubles psychiatriques se seraient aggravés depuis." Ainsi, en 1996, 39 % des détenus malades de Fleury-Mérogis prenaient des médicaments psychotropes, une proportion qui s’élève aujourd’hui à 80 %. A la maison d’arrêt de Strasbourg, le pourcentage de psychotiques détectés par le SMPR (service médico-psychologique régional) est passé de 1,1 % en 1990 à 4,6 % en 1995 et à 8,7 % en l’an 2000.

Face à cette population présentant des troubles psychiatriques graves, et qui serait "composée de marginaux, squatteurs, désocialisés et/ou polytoxicomanes", le système de prise en charge se révèle inadapté. A l’intérieur de la prison, l’offre de soins est insuffisante : les 26 SMPR, rattachés aux secteurs de psychiatrie, sont intégrés pour la plupart dans les maisons d’arrêt alors que ce sont les établissements pour peine qui abritent les psychotiques les plus lourds. En nombre insuffisant étant donné les besoins, les SMPR n’offrent pas d’"hospitalisation complète"autre que l’encellulement individuel. Afin de faire véritablement hospitaliser un détenu, ils recourent à l’hospitalisation d’office, mais "les hôpitaux se montrent peu enclins à accueillir ce type de malades et les renvoient rapidement en prison". La durée d’hospitalisation des détenus est ainsi "anormalement courte", de l’ordre d’une dizaine de jours, contre un mois en moyenne pour le reste de la population.

Il n’est ainsi pas rare que le détenu hospitalisé revienne en prison au bout de quelques jours, dans le même état psychique qu’à son départ, ce qui provoque des incidents et "des allées et venues avec le quartier disciplinaire". Par ailleurs, les hôpitaux psychiatriques sont critiqués pour leur manque de sécurité, la mission d’inspection affirmant qu’ils sont "un lieu d’évasion fréquents", les détenus n’ayant qu’à passer "par la porte, ou par une issue d’accès facile...". A l’inverse, dans d’autres établissements psychiatriques, les conditions d’hospitalisation se révèlent plus dures qu’en prison voire "inacceptables" quand le détenu se retrouve "attaché en permanence à son lit" ou "relégué dans une cellule d’isolement inadaptée". Enfin, la mission pointe "la place mal définie" des unités pour malades difficiles (UMD), qui, avec 416 places d’hospitalisations réparties sur 4 sites, n’accueillent qu’une minorité de personnes incarcérées.

L’autre grande carence pointée par le rapport d’inspection réside dans la prise en charge des agresseurs sexuels, qui reste embryonnaire, en dépit de la publicité faite aux affaires de pédophilie. En augmentation constante, les délinquants sexuels représentent plus de 22 % de la population incarcérée condamnée, alors qu’ils n’étaient encore que 13 % il y a cinq ans. Plus âgés en moyenne que les autres détenus, ils sont victimes de brimades en détention, ce qui retentit sur leur état de santé, les conduit au déni de leurs actes, et perturbe les possibilités de prise en charge.

Or encore trop peu de psychiatres prennent en charge ces pathologies en milieu pénitentiaire, tandis que la mise en œuvre du suivi thérapeutique post-carcéral (le "suivi socio-judiciaire" créé par la loi du 17 juin 1998 sur la prévention de la délinquance sexuelle) est quasi inexistante. "L’écart entre la place prise par cette problématique de la délinquance sexuelle dans notre société et le caractère presque dérisoire des moyens attribués aux différents modes de réponses ne peut pas indéfiniment persister", prévient la mission, en pointant les risques importants de récidive de ces personnes à leur sortie de prison.