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Des écrans sécuritaires
Dixit : Le "problème de l’insécurité" a, nous dit-on, plombé la campagne électorale. Mais trop rares sont les journalistes - on revient plus loin sur les exceptions - qui ont pris la mesure de la responsabilité des médias, notamment télévisés (et des sondologues) dans la construction médiatique dudit problème.

Présidentielles 2002
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Journalismes
Les questions politiques

Présidentielles 2002

Des médias aux mains pures?


Ces quelques notes seront modifiées et complétées au fur et à mesure. Leur emplacement peut être rectifié :
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Des écrans sécuritaires

Première version : 23 avril 2002
Actualisé le 24 avril

(1) Quand Berlusconi explique le rôle de certains journalistes - (2) Quand un éditorialiste belge dénonce le rôle joué par certains journalistes - (3) Quand Libération prend -enfin - la mesure des dérives de la télévision - (4) Quand Le Monde consacrait une brève aux amalgames douteux de la télévision - (5) Quand Le Monde enquête sur les dérives de la télévision - (6) Quand les chefs des infos télévisées s'expliquent

A suivre ...


Après le "séisme", le "raz-de marée" ? Des centaines de pages et d' heures d'antennes sont consacrés aux résultats du premier tour des élections présidentielles. Se prévalant du rôle d' observateurs impartiaux , éditorialistes, présentateurs et sondologues, se défendent d'avoir joué un rôle actif dans le processus électoral : ce sont des antilepénistes aux mains pures...

Pourtant, les médias contribuent à façonner des représentations qui ne sont pas sans effets.

 

Journalismes


Elections de 2002
Sommaire du dossier


Dans d'autres rubriques:

Sur l'insécurité :

Sur le site de PLPL :
Les pyromanes de l'insécurité


Le "problème de l'insécurité" a, nous dit-on, plombé la campagne électorale.

Mais trop rares sont les journalistes - on revient plus loin sur les exceptions - qui ont pris la mesure de la responsabilité des médias , notamment télévisés (et des sondologues) dans la construction médiatique dudit problème.

Sans doute, l'insécurité n'est-elle pas une invention des journalistes : il existe indubitablement des actes de délinquance contre les personnes et les biens. Mais la mise en scène d'un "problème de l'insécurité" (comme on construisit hier encore un "problème de l'immigration") est un fait médiatique et politique qui doit être analysé comme tel.

Les journaux télévisés se sont emparés de tous les faits divers qui leur permettaient de construire un représentation médiatique de "la" violence, accréditant ainsi le "tout-sécuritaire" dont ils ont été, eux aussi, les promoteurs.

Sans doute est-il difficile de mesurer l'impact du tout-violence et tout-sécuritaire des journaux télévisés. Mais on peut au moins leur prêter un double effet de légitimation.

- La légitimation de l'agenda des principaux candidats qui ont épousé la représentation médiatique du "problème de l'insécurité";
- La légitimation du vote pour Le Pen perçu comme un vote "contre l'insécurité".


C'est un expert en l'occurrence - mais venu d'Italie qui a vendu la mèche ;

  • Quand Berlusconi explique le rôle de certains journalistes

Dans Le Canard Enchaîné,du 17 avril, page 2 on pouvait lire ceci

''LES LECONS DE SUA EMITTENZA''

<< ... Ce même Madelin, qui se targue d'une amitié ancienne avec Berlusconi, raconte en privé qu'au début de la campagne il a confié au gourou libéral italien ses inquiétudes sur les penchants socialistes des journalistes français.
''Ce n'est pas du tout préoccupant, lui a rétorqué Berlusconi : en Italie aussi les journalistes sont à gauche, y compris ceux que j'emploie. Mais quand, au début de notre campagne électorale, ils ont commencé à mettre le paquet sur la sécurité, j'ai su que nous allions gagner.'' >>

avec Luc Douillard,
membre de l'association Nantes Est Une Fête
<neuf.nantes@laposte.net>

Et c'est un éditorialiste en l'occurrence, mais de Belgique qui a notre connaissance a le premier tiré la leçon

  • Quand un éditorialiste belge dénonce le rôle joué par certains journalistes

Dans La Libre Belgique, du Lundi 22 avril 2002, on pouvait lire sous la signature de Bernard Delattre et dans un éditorial intitulé "Une crise de régime" ce diagnostic lucide :

<< Qui est responsable de ce séisme? La classe politique, bien sûr. La droite, qui jadis pactisa avec le FN puis tenta de récupérer ses diatribes sécuritaires à des fins électorales, ce qui fit le lit de Le Pen. La gauche aussi, bien sûr: qui jadis utilisa l'extrême droite contre la droite, puis minimisa avec naïveté le terreau sécuritaire sur lequel Le Pen grandit. La droite et la gauche de concert encore, qui tardèrent à assainir leurs moeurs politiques, ce qui alimenta l'anti-politisme rampant, et - myopes, lointains, parisiens - se coupèrent de leur électorat populaire.

Mais les politiques ne sont pas seuls en cause. Cette campagne l'a encore bien montré: certains médias français, lorsqu'ils n'ont pas participé de manière purement intéressée à la surenchère faite autour de l'insécurité, ont clairement abdiqué leur mission d'explication et de pédagogie. Ils se sont livrés à une opération de dénigrement systématique, visant soit l'enjeu électoral proprement dit (en présentant le scrutin comme couru d'avance), soit les candidats en lice (en raillant leur manque de nouveauté, d'audace, d'ambition, de crédibilité ou de charisme), soit les projets présentés (tous étant peu ou prou jugés semblables et sans intérêt). Ce bourrage de crâne a sans doute contribué à démobiliser les foules et à ouvrir un boulevard au vote `ultraŽ. >>

http://www.lalibre.be/article.phtml?id=11&subid=118&art_id=58908

Le Lundi 22 avril, la revue de presse en ligne du Courrier International mentionnait ce commentaire avisé ..., mais sans s'y attarder.

http://www.courrierinternational.com/actual/aujourdhui.asp
(lien modifié quotidiennement)

Libération avait attiré l'attention sur les dérives de la télévision, mais, sauf erreur, surtout dans sa rubrique "télévision"

  • Quand Libération prend - enfin - la mesure des dérives de la télévision

Dans Libération du mardi 23 avril 2002, on pouvait lire - le surtitre, le titre et le titre suivant :

<< L'électrochoc. Le centrage de la campagne sur l'insécurité ne suffit pas à expliquer la crise de confiance des Français
L'insécurité, programme préféré de la télé
Les JT ont alimenté un sentiment de peur dans tout le pays.>>

Un article généralement sans complaisance de Raphaël GARRIGOS et Isabelle ROBERTS. Extraits :

<< (...) La télé a-t-elle influencé le vote ? Depuis plusieurs mois, les sujets consacrés à l'insécurité font florès, au point même que l'Unité de bruit médiatique, outil qui mesure la résonance d'un thème dans les médias, montre que l'insécurité a occulté ces derniers mois l'euro.

C'est TF1 qui, d'ordinaire, est abonnée à l'insécurité dans ses JT et dans ses Droit de savoir dont un des sujets favoris semble être la brigade anticriminalité en expédition dans les cités. Parfois jusqu'à la nausée. Le 14 janvier, la Une diffuse ça peut vous arriver. Au sommaire : le braquage de voitures, les rodéos sur l'autoroute, la violence avec cette antienne rabâchée par l'animatrice : "ça peut vous arriver."

Mais France 2 n'est pas en reste. L'émission de décryptage des médias, Arrêt sur images (France 5), décortiquait récemment son journal télévisé de 13 heures, présenté par Daniel Bilalian. Le constat est sans appel. En mars, Bilalian a évoqué 63 fois le thème de l'insécurité contre 41 fois pour le 13 heures de Jean-Pierre Pernaut sur TF1. >>

Et les auteurs de l'article de relever les prouesses de Bilalian :

<< Reste la façon dont Bilalian, martelant systématiquement que "l'insécurité est l'un des thèmes majeurs de la campagne", lance les sujets, notamment le 25 mars, après la (finalement fausse) agression d'un chauffeur de bus à Marseille : "On ne sait plus quel adjectif employer (soupir). On pouvait penser à l'impensable survenu la semaine dernière à Evreux, dans un supermarché à Nantes, ou encore à Besançon avec ces deux jeunes filles torturant une troisième... Eh bien à Marseille, c'est encore autre chose." >>

Marie-Pierre Farkas, rédactrice en chef du JT de Bilalian, non seulement conteste les chiffres cités plus haut, mais ne s'inquiète pas outre mesure de la "mise en mots" du présentateur :

<< Il s'agit simplement d'"un ton solennel", selon Marie-Pierre Farkas : "Peut-être y a-t-il un effet de sens, mais j'ai le sentiment de réfléchir et de faire très attention en choisissant les sujets." >>

Pourtant, une observation rigoureuse met en évidence que depuis longtemps et particulièrement depuis le 11 septembre 11 septembre toutes les formes de "violence", amalgamées sans discernement, ont fait l'objet d'un traitement accru dans les journaux télévisés. Ainsi :

<<Cet "effet de sens" dans les journaux télévisés, l'Observatoire du débat public, un organisme d'analyse de l'actualité, s'y est récemment penché dans une étude confidentielle intitulée : Insécurité : l'image et le réel. Se basant sur une médiascopie, c'est-à-dire le visionnage de JT par un échantillon de personnes auxquelles on demande de réagir à ce qu'elles voient, et sur une série d'entretiens individuels. Cette étude révèle que la couverture des faits de violence et de délinquance dans les journaux s'est accrue ces derniers mois. (...) Mariette Darrigrand, coresponsable de l'Observatoire du débat public, explique : "Il y a eu dans les JT une accumulation de faits de nature différente qui a donné l'impression que toutes les protections s'étaient écroulées, qu'on était dans la représentation d'un champ de ruines." Un champ de ruines dans lequel, selon elle, les électeurs ont voulu, dimanche, entraîner les "élites" : "Au-delà du vote protestataire, il y a une volonté inconsciente de "ruiner" quelque chose. Les gens étaient conscients des mesures positives prises par Jospin sur la parité, les 35 heures, mais elles ont été anéanties par le champ de ruines. C'est d'ailleurs très significatif qu'on parle de "séisme" aujourd'hui et il est frappant que Lionel Jospin dans son discours prononce le mot "reconstruction".>>

De là cette conséquence :

<< Cette représentation dramatique du monde a créé chez le téléspectateur, selon l'étude, une double peur : à la peur de l'insécurité s'est ajoutée la peur des images de l'insécurité : "Il y a eu dans les JT, notamment ceux de TF1, une théâtralisation, une mise en scène des faits de violence et de délinquance destinée à faire monter l'anxiété, la peur. Or, c'est l'insécurité qui a fait la campagne, et c'est la peur qui a fait voter", analyse Mariette Darrigrand. "A l'inverse, note-t-elle, à la télé, le danger Le Pen n'a pas été théâtralisé mais minoré.".

Au moment où nous écrivons, Le Monde, n'avait encore prêté aucune importance aux effets de la construction médiatique du problème de l'insécurité sur la campagne électorale.

Pourtant on pouvait lire, il y a quelques mois, une notule judicieuse.

  • Quand Le Monde consacrait un brève aux amalgames douteux de la télévision

Dans Le Monde daté du 27 novembre, un article de Florence Amalou - " Les Français vivent leur journal télévisé comme une souffrance" - expose les résultats d'une "enquête exclusive de l'Observatoire du débat public pour Le Monde qui "montre les relations intimes et douloureuses nouées chaque soir par les téléspectateurs avec leur " JT " de TF1, France 2 ou France 3".

En marge de cet intéressant article on pouvait lire la brève suivante :

<< TF1 et l'utilisation du mot "violence"

Le mot "violence" apparaît treize fois en dix minutes dans le journal télévisé diffusé lundi 19 novembre sur TF1. Sur France 2, David Pujadas utilise ce mot une fois à propos de l'ETA, mais ni à propos des policiers ni à propos de l'attaque du fourgon. Sur France 3, le mot est employé à propos de l'attaque du fourgon.

Selon les experts de l'Observatoire du débat public, le mot "violence" est utilisé sur TF1 pour évoquer des situations très différentes dans une période courte. Conséquence, le journal ne rend plus compte de quatre ou cinq faits distincts, mais propose "le spectacle d'un seul et même phénomène". Le téléspectateur a ainsi sous les yeux "la violence actuelle dans l'ensemble de la société et, effet cumulatif oblige, sa "montée"", analyse la sémiologue Mariette Darrigrand. Ce faisant, le "JT" de TF1 prend le risque, selon elle, "d'accentuer les peurs issues de connexions fausses".>>

Article recueilli à l'adresse suivante:
httpp://www.ac-versailles.fr/pedagogi/ses/themes/jt/jt-bonsoir.htm

Entre le 27 novembre et le 24 avril, rien, sauf erreur, qui mérite d'être mentionné...tandis que Le Monde souligne par ailleurs les risques de "dérives sécuritaires"...

... Quand soudain, avec l'audace qu'on lui connaît en matière de critique de la télévision, Le Monde du 24 avril s'interroge gravement sur les effets des écrans sécuritaires.

  • Quand Le Monde enquête sur les dérives de la télévision

Le titre de l'article de Bénédicte Matthieu (dont elle n'est peut-être pas responsable) dit assez quel est le point de vue qui est privilégié :

<< TF1 et France 2 se défendent d'avoir trop couvert le thème de l'insécurité >>

Comme si l'avis des chefs des informations télévisées devait être privilégié. Comme si, surtout, c'est la seule quantité de la "couverture" d'un "thème" qui était en cause.

Bénédicte Matthieu commence par deux questions :

<< La télévision a-t-elle fait peur aux Français ? Est-elle responsable de l'intrusion de Jean-Marie Le Pen (FN) au deuxième tour de l'élection présidentielle ?>>

La première question ne sert qu'à introduire la seconde. Et comme celle-ci telle qu'elle est posée, ne peut admettre qu'une réponse négative, on se demande d'emblée quel peut bien être l'objet de l'article.

... surtout quand on se reporte à sa conclusion qui exclut, à juste titre, la thèse mécaniste d'une causalité directe entre la "ouverture médiatique du thème de "l'insécurité" et la présence de Le Pen au second tout de la présidentielle :

<< Pour l'ODP (L'Observatoire du Débat Public], "on ne peut pas incriminer les médias de manière aussi mécaniste, c'est comme si c'étaient eux qui avaient voté pour Jean-Marie Le Pen, explique Mariette Darrigrand [coresponsable de l'ODP]. La responsabilité individuelle se pose. On n'est pas obligé de regarder le journal de 20 heures." >>

Curieux article en vérité, qui après quelques phrases d'introduction, juxtapose ... le résumé d'un article du Monde paru en novembre 2001 (et d'une étude parue depuis) et les réponses des responsables de l'information de TF1 et de France 2.

C'est sans doute ce que l'on appelle un article "équilibré", dans lequel le dernier mot ou presque revient aux responsables de l'information.

C'est désormais un habitude (dont l'auteure de l'article, faut-il le dire? ne porte pas la responsabilité): Le Monde enquête sur la télévision et ses effets sans regarder la télévision ou en confiant à d'autres le soin de le faire.

Il reste que la première moitié de l'article - sur laquelle nous reviendrons - souligne - en s'appuyant sur les études de l' Observatoire du débat public que "La thèse de l'insécurité a été largement exploitée par les télévisions" et cite les propos de Mariette Darrigrand qui à partir d'un exemple, évoque "le spectacle d'un seul et même phénomène : la violence actuelle dans l'ensemble de la société et, effet cumulatif obligé, sa "montée" qui "exarcerbe un phénomène plus général".

On est sur le point d'atteindre le coeur du problème - qui n'est pas seulement affaire d'ampleur de la "couverture", mais aussi de "mise en forme" et de mise en discours", quand l'article tourne court :

<< A TF1 et France 2, les deux directeurs de l'information réfutent avoir trop couvert le thème de l'insécurité, en renvoyant la presse écrite à sa propre couverture des faits (...)>> (souligné par nous)

Et l'article de citer les propos propos de Robert Namias de TF1 et d'Olivier Mazerolle de France 2 qui se défendent - voir plus loin - d'avoir trop couvert 'les violences de toutes natures" (Robert Namias) et d'avoir la moindre responsabilité dans le vote Le Pen ou dans la défaite de la gauche.

Un article prudent - excessivement prudent ... - donc, complété par une brève insuffisante mais éloquente :

<< Un "bruit médiatique" fort à la télévision

Si tous les médias ont rendu compte de la hausse de la délinquance en France, la télévision a eu une large répercussion sur le public. L'institut TNS Media Intelligence, qui a mis au point une unité de "bruit média", a mesuré le "bruit médiatique" de l'insécurité depuis janvier 2001 dans un panel de 80 médias français. Il en ressort qu'il s'agit du thème le plus médiatisé depuis mars 2001. "Par rapport aux thèmes durables, comme le chômage, c'est le plus fort depuis les élections municipales de mars 2001, son "bruit médiatique" a couvert celui de l'euro sauf entre fin décembre 2001 et début janvier 2002, période de son arrivée dans les porte-monnaies", explique Sonia Metché, responsable de l'étude UB Média.

Les Français ont été exposés à ce "bruit médiatique" par la télévision à 62 % contre 12,3 % par la radio et 25,6 % par la presse écrite. >>

L'article de Bénédicte Matthieu permet au moins de se faire une idée de la hauteur de vue des chefs des informations télévisées : Quand les chefs de la télévision s'expliquent