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L’éthique hacker, nouveau paradigme social
Dixit : La revue "multitudes" voit dans les pratiques des "activistes" du Réseau l’émergence d’un nouveau type de capitalisme "cognitif" dégagé de ses origines "protestantes".

Le Monde Interactif
 

ALTERNATIF

L'éthique hacker, nouveau paradigme social

La revue "multitudes" voit dans les pratiques des "activistes" du Réseau l'émergence d'un nouveau type de capitalisme "cognitif" dégagé de ses origines "protestantes".

Edition du vendredi 3 mai 2002


Les pratiques sociales et productives développées par les hackers, "pirates" informatiques pour les uns, "activistes" du Réseau pour les autres, seraient en train de bouleverser le capitalisme.
Le tee-shirt de la première école officielle de hackers "Zi HackAdemy" à Paris le 22 janvier 2002 | AFP
 Le tee-shirt de la première école officielle de hackers "Zi HackAdemy" à Paris le 22 janvier 2002 | AFP
C'est du moins ce que laisse entendre la revue Multitudesdans son numéro de mars-avril 2002.

Revenant sur le dernier ouvrage de Pekka Himanen, L'Ethique hacker (Exils, 2001), Pascal Jolivet, économiste spécialisé dans les nouvelles technologies de l'information et de la communication, explique comment le jeune philosophe finlandais oppose dans son essai une "éthique hacker" à l'"éthique protestante" du travail, qui est à la base du capitalisme contemporain. Ainsi, alors que le travail, selon l'approche protestante, est défini comme une finalité morale, une fin en soi, l'éthique hacker serait fondée sur des pratiques sociales innovantes, comme la production coopérative en réseau de logiciels libres, et une relation alternative au travail non motivée par l'argent, mais par la passion, le jeu ou encore le plaisir.

"Le travail en œuvre dans ces communautés de hackers, tel qu'il se présente dans le projet Linux par exemple, est un travail directement coopératif et volontaire, dont la structure est celle d'un réseau horizontal", analyse Pascal Jolivet, qui ajoute que "la société en réseau n'est pas seulement déterminée par le capitalisme, mais dans un degré à peu près égal par le "communisme scientifique"".

Dans cet esprit, Richard Barbrook, l'inventeur du terme de "cybercommunisme", croit repérer dans la généralisation de l'échange gratuit de fichiers musicaux au format MP3 sur le Réseau grâce aux technologies de "poste à poste" ("peer to peer"), l'émergence d'une économie de "don et de pointe" ou du "don high-tech". Pour le coordinateur de l'Hypermedia Research Centre de l'université de Westminster, ces pratiques transgressives qui mettent à mal les lois protégeant le droit d'auteur dans l'industrie musicale sont le signe de transformations économiques et sociales plus profondes véhiculées par la culture hacker. Car, selon les différents contributeurs de la revue, ce que remettent en cause les militants du logiciel libre, et plus généralement les hackers, c'est l'un des fondements mêmes du modèle capitaliste, à savoir la propriété intellectuelle et, par-delà, la propriété privée. En quelque sorte, on assisterait à un retour à la pensée de Proudhon : "La propriété intellectuelle, c'est le vol !"

"TOUS DES HACKERS !"

" L'échec de la netéconomie est dû à la résistance à la valorisation capitaliste (arrivée en bonne dernière, voulant rafler la mise d'un travail collectif) que posent l'éthique hacker et l'éthique de l'usager, fondées sur d'autres principes que celui de l'appropriation exclusive", écrit le sociologue italien Maurizio Lazzarato. "La communication rhizomatique du Web" (en réseaux capillaires), poursuit-il, non seulement dessine le "contour d'une autre mondialisation", mais révèle aussi "l'œuvre d'un immense travail qualifié qui, comme le travail bénévole et associatif, ne s'échange avec rien, sinon le désir de communiquer, d'agir ensemble, de se socialiser et de se différencier, non par l'échange de services, mais par des relations "sympathiques"".

Pour Yann Moulier Boutang, directeur de la revue, cette "révolution technologique" est la conséquence d'une mutation du salariat, fruit d'un basculement du capitalisme industriel, qui s'appuie sur le travail salarié, vers un "capitalisme cognitif", reposant sur la production et l'échange de savoirs et les processus d'intelligence collective. A la revendication de la "nouvelle pensée néosocialiste et néo-marxiste" du "un emploi pour tous", Multitudes oppose un "revenu garanti" pour tous et réplique : "Nous sommes tous des hackers !"

Stéphane Mandard (Le Monde interactif)

Multitudes n° 8 (mars-avril 2002). 15,25 euros.

Sur Internet : www.samizdat.net/multitudes

 

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