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Rapport annuel sur la liberté de la presse en France
Dixit : L’autorité judiciaire a prononcé ou confirmé, en 2001, une série de jugements particulièrement défavorables au libre droit d’informer et a validé l’existence pour les journalistes d’un délit de "recel" d’informations protégées par le secret professionnel ou de l’instruction. Le principe de la protection des sources pour les journalistes a fait l’objet d’une nouvelle mise en cause.

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France - Rapport annuel 2002


25.04.2002 L'autorité judiciaire a prononcé ou confirmé, en 2001, une série de jugements particulièrement défavorables au libre droit d'informer et a validé l'existence pour les journalistes d'un délit de "recel" d'informations protégées par le secret professionnel ou de l'instruction. Le principe de la protection des sources pour les journalistes a fait l'objet d'une nouvelle mise en cause.

Les tribunaux français font toujours primer les principes du secret de l'instruction et du respect de la présomption d'innocence sur le droit pour les journalistes de rechercher et de diffuser librement leurs informations, en contradiction constante avec la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) qui considère, le plus souvent, ce droit comme prioritaire "compte tenu de l'intérêt de la société démocratique à maintenir la liberté de la presse". Des journalistes sont ainsi mis en examen ou condamnés, en 2001, pour diffamation pour des articles d'investigation sur des sujets d'intérêt public liés aux affaires (affaire des ventes d'armes illégales à l'Angola, scandale de la transfusion sanguine), pour "atteinte à la présomption d'innocence" en vertu des nouvelles dispositions de la loi du 15 juin 2000 (publication d'une photo de l'ex-dirigeant de la compagnie pétrolière Elf, Alfred Sirven, à la prison de la Santé), et pour "atteinte à l'intimité de la vie privée", nouveau chef d'inculpation à l'encontre des photographes ayant bénéficié en 1999 d'un non-lieu général dans l'affaire de la mort accidentelle de la princesse de Galles en 1998. La Cour de cassation valide, par ailleurs, l'existence pour les journalistes d'un nouveau délit de "recel de violation du secret de l'instruction", en confirmant en appel la condamnation pour ce motif des journalistes ayant produit des documents provenant du dossier de l'enquête judiciaire dans l'affaire des "écoutes de l'Elysée". Les journalistes n'étant pas légalement soumis au secret de l'instruction, au contraire des magistrats, policiers et greffiers, ni au secret professionnel, comme le sont les avocats, le délit de "recel" du secret de l'instruction ou du secret professionnel est apparu, dans les années 1990, avec les affaires politico-financières, et a régulièrement été invoqué depuis par les tribunaux. La plus haute juridiction française confirme, en 2001, cette innovation juridique, alors même que la CEDH a condamné la France, en 1999, dans une affaire similaire, jugeant que la condamnation d'un journaliste pour "recel de document provenant de la violation du secret professionnel" constituait une "ingérence" anormale de l'autorité judiciaire dans la liberté d'expression. Cette évolution met également en cause le droit pour les journalistes accusés de diffamation d'apporter les preuves de leurs affirmations, ou de la réalité de leur travail d'enquête. Un journaliste est ainsi condamné, en mai, pour avoir produit, pour sa défense, des pièces d'un dossier d'instruction.

Le respect de la protection des sources des journalistes fait l'objet d'une nouvelle mise en cause, en septembre, avec le placement en garde à vue du journaliste Jean-Pierre Rey pendant près de quatre jours par la Division nationale antiterroriste (DNAT). Il est le cinquième journaliste à faire l'objet d'une telle mesure depuis le 1er janvier 2000. Alors qu'en vertu de la loi du 15 juin 2000, une personne ne peut être placée en garde à vue que s'il existe à son encontre "des indices faisant présumer qu'elle a commis ou tenté de commettre une infraction", les journalistes dénoncent une forme de pression visant, en réalité, à les contraindre à livrer des informations qui devraient être couvertes par le secret des sources. Reporters sans frontières demande, en septembre, une modification du code de procédure pénale (art. 109 alinéa 2) pour mieux protéger le droit des journalistes entendus sur des informations recueillies dans l'exercice de leur activité à ne pas en révéler l'origine.

Dans le contexte de l'après-11 septembre et de l'opération militaire américaine en Afghanistan, le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) rend publiques, en octobre, des "recommandations à l'ensemble des radios et télévisions relatives au traitement de l'information liée au contexte international actuel" dans lesquelles il demande aux opérateurs de prêter une attention scrupuleuse au respect des principes républicains dans le traitement de l'information. Le CSA, qui garantit en France l'exercice de la liberté de communication audiovisuelle, ne se prononce qu'exceptionnellement en matière d'information, en dehors des dispositions visant à s'assurer du pluralisme des expressions politiques sur les chaînes. Les recommandations du CSA soulignent que, dans une phase de tensions et de conflit, le respect par les opérateurs des limites posées par la loi revêt une importance encore accrue.

En novembre, deux grands reporters français sont tués en Afghanistan. Montés à bord d'un véhicule blindé d'une colonne de l'armée de l'Alliance du Nord en route vers Kaboul, Johanne Sutton (Radio France Internationale) et Pierre Billaud (RTL) sont tués, le 15 novembre, dans une embuscade tendue par les taliban. Une réflexion est engagée par la profession sur les moyens mis en ?uvre, par les Etats, les organisations internationales et les médias eux-mêmes, pour limiter les risques encourus par les correspondants de guerre.

Quatre journalistes interpellés

Le 24 juin 2001, Véronique Lopez, journaliste à Politis, est interpellée par les forces de police au Salon international de l'aéronautique et de l'espace du Bourget (Seine-Saint-Denis), alors qu'elle couvre une manifestation du collectif "ventes d'armes, basta !". Elle est placée pendant quatre heures en garde à vue au même titre que les dix manifestants interpellés au même moment. Les policiers procèdent à une prise d'empreintes et de photographies au seul motif "qu'en Seine-Saint-Denis, c'est comme ça", et menacent les récalcitrants de les y obliger par la force. Le directeur général de la Police nationale, Patrice Bergougnoux, précise, le 29 octobre, que "la qualité de journaliste de madame Véronique Lopez était, semble t-il, restée ignorée du commissaire de permanence".

Le 6 septembre, David Bowden, journaliste de la chaîne de télévision britannique Sky News, et Adam Cottam, cameraman de la chaîne, sont arrêtés par la police française alors qu'ils suivent et filment à l'infrarouge le parcours nocturne d'immigrants clandestins tentant de rallier la côte britannique par le tunnel sous la Manche. Les reporters sont relâchés après environ deux heures d'interrogatoire.

Le 2 novembre, Jean-Marc Costet, journaliste de la télévision locale Télé Lyon Métropole, est interpellé alors qu'il couvre l'action de protestation de journalistes de l'hebdomadaire Lyon Capitale contre la visite à la mairie de Lyon du vice-président de la République populaire de Chine, Hu Jintao. Le journaliste est gardé à vue pendant près de quatre heures.

Deux journalistes agressés

Le 11 juillet 2001, Etienne Dutailly, fondateur et rédacteur d'un mensuel satirique, Le Chien bleu à Nouméa (Nouvelle-Calédonie), est agressé par un inconnu. Il porte plainte, convaincu du lien entre cette agression et son activité professionnelle.

Le 8 novembre, Ivora Cuzak, journaliste de la chaîne de télévision Zaléa TV, se voit confisquer ses bandes vidéo lors d'une opération de police contre un rassemblement, dans des locaux du complexe sportif Antonin Magne de la Courneuve (Seine-Saint-Denis), de familles expulsées ou en instance d'expulsion de leurs logements. Alors qu'elle prend des images à l'écart du rassemblement, la journaliste est immobilisée contre une grille, sa caméra lui est enlevée, son micro arraché et jeté à terre. Quelques minutes plus tard, la caméra lui est rendue, endommagée, sans les bandes vidéo. Après des demandes répétées auprès des commissariats de Saint-Denis et de la Courneuve, elles lui sont restituées plusieurs jours plus tard. La journaliste dépose plainte, le 9 novembre 2001, à l'Inspection générale des services (IGS) pour brutalités. Une autre plainte est déposée à l'IGS par la direction de Zaléa TV, pour dégradation de matériel.

Pressions et entraves

Le 16 janvier 2001, Dominique Paganelli, journaliste à Canal +, est placé en garde à vue et interrogé à la Division nationale antiterroriste (DNAT), dans le cadre d'une enquête sur un double attentat commis en 1999 contre des bâtiments publics à Ajaccio (Corse du Sud).

Le 1er février, le journaliste français et producteur de télévision Arnaud Hamelin, directeur de l'agence Sunset Presse, est convoqué et à nouveau entendu dans le cadre de sa mise en examen, en octobre 2000, pour "recel d'informations protégées par le secret professionnel". Le 17 octobre 2000, il avait été placé en garde à vue, dans le cadre de l'information judiciaire ouverte contre l'ancien ministre des Finances, Dominique Strauss-Kahn, "et tous autres", pour "soustraction de document à la justice". Le journaliste avait été interrogé sur les conditions dans lesquelles avait été organisé l'enregistrement de la cassette vidéo contenant une confession du financier occulte présumé du RPR, Jean-Claude Méry, et sur les circonstances ayant conduit à la publication du contenu de la cassette dans le journal Le Monde les 22 et 23 septembre 2000. Arnaud Hamelin avait été libéré après 48 heures mais mis en examen pour "recel d'informations protégées par le secret professionnel". L'instruction sur l'enregistrement et le cheminement de la "cassette Méry" est close début décembre 2001, mais, au 1er janvier 2002, le juge d'instruction, Marc Brisset-Foucault, ne s'est pas prononcé sur le renvoi ou non du journaliste devant un tribunal correctionnel.

A compter de mars, le journaliste Bruno Franceschi, directeur du quotidien les Nouvelles calédoniennes à Nouméa (Nouvelle-Calédonie), et Marc Spisser, rédacteur en chef du journal, sont régulièrement la cible d'actes d'intimidation. Par ailleurs, la rédaction du journal indique être l'objet d'un "boycott de l'information et de la publicité" de la part de la plupart des institutions et entreprises proches du Rassemblement pour la Nouvelle-Calédonie dans la République (RPCR), parti majoritaire dans le territoire.

Le 21 mai, Jacques Langevin, photographe à l'agence Corbis-Sygma, est mis en examen pour "atteinte à l'intimité de la vie privée" dans le cadre de l'affaire de la mort de Lady Diana, princesse de Galles, décédée en 1998 lors d'un accident de la circulation à Paris. La justice française lui reproche d'avoir pris des clichés du couple dans sa voiture. Dans les semaines suivantes, huit autres photographes ayant participé à la course poursuite entre la presse et la voiture dans laquelle se trouvaient la princesse de Galles et Dodi Al Fayed se voient signifier les mêmes charges. S'ils sont reconnus coupables, ils risquent jusqu'à un an d'emprisonnement et 300 000 francs (45 735 euros) d'amende. Accusés en 1997 d'"homicides involontaires", ces professionnels de presse avaient bénéficié, deux ans plus tard, d'un non-lieu général dans cette affaire.

Le 21 mai, Gilles Gaetner, journaliste à l'hebdomadaire L'Express, est condamné en appel pour avoir produit des pièces issues d'un dossier d'instruction, afin de se défendre lors d'une audience en diffamation. Condamné pour diffamation en première instance en 1997, suite à un article publié en 1995, intitulé "Fausses factures pour un château" mettant en cause le financier Michel Pacary, le journaliste avait produit, dans le cadre de sa défense et pour preuve de sa bonne foi, des pièces issues du dossier d'instruction. Mis en examen pour "recel d'informations protégées par le secret de l'instruction", il avait été relaxé, en 1999, en vertu des droits de la défense. Il est finalement condamné en appel, le 21 mai, à 10 000 francs d'amende avec sursis. L'Express a déposé un pourvoi en cassation.

Dans la nuit du 2 au 3 juin, les locaux des "Dossiers du Canard enchaîné", rue des Saints-Pères à Paris, sont cambriolés. Deux coffres sont fouillés, et l'ordinateur portable de la journaliste Brigitte Rossigneux, spécialiste des questions militaires, est volé. Une enquête de police est immédiatement ouverte. La journaliste s'interroge sur les raisons de ce vol, et estime qu'il pourrait être motivé par la volonté d'identifier le nom de ses contacts au ministère de la Défense. Le 2 mai, Le Canard enchaîné avait révélé une surveillance anormale des même locaux, le 21 mars, par un individu circulant dans un véhicule appartenant, selon l'immatriculation relevée, à la préfecture de police de Paris. L'individu, observé par la concierge de l'immeuble, prenait en photo l'étage du bureau de la journaliste. Une enquête avait été confiée à l'inspection générale des services (IGS) du ministère de l'Intérieur. Le 18 mai, le préfet de police, Jean-Paul Proust, a indiqué à Reporters sans frontières, dans une réponse à un courrier de l'organisation, que "la plaque d'immatriculation relevée correspond à un véhicule utilisé par au moins deux fonctionnaires différents, dont un intervient sur le 2e arrondissement de Paris et a pour habitude de se garer dans le secteur de la rue des Petits Pères, notamment à l'heure du déjeuner. Aucun de ces deux fonctionnaires ne correspond au signalement décrit par la concierge de l'immeuble". Le préfet de police a par ailleurs "réaffirmé avec force que les services placés sous son autorité n'ont été impliqués à aucun moment dans une quelconque opération de surveillance de l'hebdomadaire Le Canard Enchaîné".

Le 19 juin, la chambre criminelle de la Cour de cassation rejette le pourvoi des deux journalistes Jean-Marie Pontaut et Jérôme Dupuis, auteurs du livre "Les oreilles du Président" consacré aux écoutes téléphoniques de l'Elysée. La plus haute juridiction française valide ainsi l'existence pour les journalistes d'un délit de "recel de violation du secret de l'instruction".

En juillet, une information judiciaire est ouverte, suite à la plainte de Armelle Thoraval, journaliste au quotidien Libération, contre un détective privé qui aurait pénétré au domicile de la journaliste, enquêté sur sa vie privée et volé des relevés de compte bancaire lui appartenant. Armelle Thoraval enquêtait sur les malversations financières au sein de la Mutuelle nationale des étudiants de France (MNEF).

En juillet également, Robert Edmé, photographe de l'agence Associated Press (AP), voit sa demande d'accréditation pour couvrir le séminaire ministériel franco-espagnol, les 11 et 12 juillet à Toulouse, rejetée. Ce refus serait le fait des services du ministère de l'Intérieur. Robert Edmé, qui a travaillé pour des publications régionalistes en langue basque, se voit régulièrement empêché de couvrir des événements internationaux en France par des refus d'accréditation systématiques. Il s'était vu retirer son badge d'accréditation, le 13 octobre 2000 à Biarritz, à l'ouverture d'une réunion des ministres de l'Union européenne. Douze autres journalistes représentant des médias d'expression basque avaient été privés d'accréditation pour couvrir le sommet.

Le 3 septembre, Jean-Pierre Rey, journaliste-photographe à l'agence Gamma, spécialiste des affaires corses, est interpellé et placé en garde à vue par la Division nationale antiterroriste (DNAT) à Paris. Il n'est libéré que près de quatre jours plus tard, la durée maximale de la garde à vue dans des affaires de terrorisme étant de 96 heures. Jean-Pierre Rey indique que sa garde à vue n'était pas justifiée par l'existence d'indices sérieux sur sa participation à une infraction, et que magistrats et policiers ont cherché à faire pression sur lui pour obtenir des informations et le pousser à révéler ses sources.

Au cours des vingt mois précédents, quatre autres journalistes ont été placés en garde à vue dans des circonstances similaires. Le 14 décembre 1999, Hubert Levet, collaborateur régulier du quotidien économique Agefi (Agence économique et financière) avait été interpellé suite à une plainte contre X de la direction de l'entreprise Aérospatiale-Matra pour "divulgation d'informations financières confidentielles". Le journaliste avait été placé en garde à vue, puis mis en examen par une juge d'instruction du pôle financier du tribunal de grande instance de Paris. Le 1er mai 2000, Victor Robert, journaliste de l'agence de presse CAPA, avait été placé en garde à vue dans les locaux de la Division nationale antiterroriste (DNAT) à Paris, pour y être entendu dans le cadre de l'enquête sur un attentat meurtrier contre un restaurant McDonald's, à Quévert en Bretagne. Le 17 octobre 2000, le journaliste français et producteur de télévision Arnaud Hamelin, directeur de l'agence Sunset Presse, avait été placé 48 heures en garde à vue et mis en examen pour "recel d'informations protégées par le secret professionnel". Le 16 janvier 2001, Dominique Paganelli, journaliste à Canal +, avait été placé en garde à vue à la DNAT, dans le cadre d'une enquête sur un double attentat commis en 1999 contre des bâtiments publics à Ajaccio.

Le 13 septembre 2001, Serge July et Armelle Thoraval, respectivement directeur de la publication et journaliste du quotidien Libération, sont condamnés en appel par la cour d'appel de Paris pour diffamation envers le docteur Michel Garetta, ancien directeur du Centre national de transfusion sanguine, dans un article publié le 1er décembre 1998. L'avocat du journal, maître Jean-Paul Levy, a indiqué que la cour avait interdit aux défendeurs de produire des documents, couverts par le secret de l'instruction, attestant de la réalité et du sérieux de l'enquête de la journaliste. Le journal Libération a fait appel de ce jugement devant la Cour de cassation.

Le 7 octobre, date du début des frappes militaires américaines en Afghanistan, la société Spot Image indique être tenue par le ministère de la Défense à des clauses de restriction en matière de distribution et de diffusion d'images de la zone comprenant l'Afghanistan et les pays environnants (Iran, Pakistan, Tadjikistan, Turkménistan? à l'exception de la Chine). La porte-parole de Spot Image, Sandrine Franck-May, déclare à l'AFP, le 19 octobre : "Nous devons soumettre l'ensemble des données distribuées au ministère de la Défense, et nous ne donnons plus d'images à la presse. Notre seul client pour les images d'Afghanistan est la Défense française". Au 1er janvier 2002, ces restrictions ne sont toujours pas levées.

Dans la nuit du 21 au 22 octobre, une charge évaluée à dix kilos explose au premier étage d'un bureau secondaire du quotidien Corse-Matin à Aleria, en Haute-Corse. L'attentat, non revendiqué, fait peu de dégâts.

Le 25 octobre, une dizaine de journalistes sont interdits d'accès à une réunion sur le thème de la citoyenneté, organisée autour du candidat à l'élection présidentielle Jean-Pierre Chevènement dans les bâtiments du collège Diderot, à Petit-Quevilly près de Rouen (Seine-Maritime). La police précise aux journalistes qu'ils sont refoulés sur instruction du recteur d'académie.

Le 7 novembre, le Conseil supérieur de l'Audiovisuel (CSA) rappelle la chaîne d'information basée au Qatar, Al-Jazira, au respect de ses engagements contractuels et légaux, lui reprochant la diffusion d'images sans visionnage préalable et sans explication du contexte, et la "diffusion d'informations erronées sans que la chaîne ait procédé ultérieurement aux rectifications nécessaires". Cette mise au point intervient après que le CSA a été saisi verbalement par son homologue britannique (Independent Television Commission, ITC). La convention signée en 1999 par la chaîne d'information en continu du Qatar avec le CSA, renouvelée en juillet 2001, l'autorise en effet à être diffusée dans l'ensemble de l'Union européenne. Le président du CSA, Dominique Baudis, indique, le 20 novembre, dans un courrier adressé à Reporters sans frontières, que le CSA exerce "une même vigilance envers toutes les chaînes conventionnées sur la façon dont elles respectent leurs engagements réglementaires et conventionnels, soit sous la forme d'un suivi permanent de leur programme, soit par sondages, sans discrimination aucune".

Le 13 novembre, Serge July et Karl Laske, respectivement directeur de la publication et journaliste du quotidien Libération, sont condamnés en première instance par le

tribunal correctionnel de Paris pour diffamation envers Charles Pasqua, ancien ministre de l'Intérieur, pour un article, publié le 23 décembre 2000, imputant à M. Pasqua une responsabilité dans la fourniture de matériel militaire à l'Angola en dehors des dispositions légales encadrant les ventes d'armes à l'étranger. Le journal Libération a fait appel de ce jugement.

Le 14 novembre, Serge July et Armelle Thoraval, respectivement directeur de la publication et journaliste du quotidien Libération, sont condamnés en première instance pour diffamation pour un article, publié le 15 février 2001, s'interrogeant sur le rôle joué par un magistrat, Jean-Louis Hérail, dans le classement sans suite d'un dossier concernant l'homme d'affaires Pierre-Joseph Falcone (affaire qui sera, trois ans plus tard, au c?ur de l'instruction sur la vente d'armes illégales à l'Angola) en contrepartie d'un versement d'argent à l'Association professionnelle des magistrats (APM), dont le magistrat aurait été membre. Le journal Libération a fait appel de ce jugement.

Le 20 novembre, Anne-Marie Couderc, directrice de l'hebdomadaire Paris-Match, est condamnée par le tribunal correctionnel de Paris au paiement d'une amende de 6 098 euros pour avoir publié, le 12 avril, une photo clandestine d'Alfred Sirven, l'ex-dirigeant de la compagnie pétrolière Elf Aquitaine, dans la cour de la prison de la Santé à Paris. La photo le représentait derrière les murs d'enceinte et les barbelés de la prison, sous le titre, "Exclusif, Sirven à la Santé". La 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris a jugé que, selon le nouvel article 35 ter de la loi de 1881, relative à la liberté de la presse, inséré par la loi du 15 juin 2000 et renforçant la protection de la présomption d'innocence, "la diffusion sans son accord de l'image d'une personne identifiée ou identifiable, mise en cause dans une procédure pénale mais non condamnée, la montrant en détention provisoire" est punissable d'une amende de 15240 euros. Le tribunal a jugé que l'application de la loi ne pouvait être écartée au motif que le droit à l'information devrait primer dans le cas d'un événement exceptionnel.

Le 5 décembre, Jean-Marie Colombani et Fabrice Lhomme, respectivement directeur et journaliste du quotidien national Le Monde, sont condamnés en première instance par le tribunal correctionnel de Paris pour diffamation envers un magistrat, Jean-Louis Hérail, pour avoir insinué, dans un article publié le 31 mars 2001, que M. Hérail aurait classé un dossier lié à des ventes d'armes illicites, dans lequel est poursuivi l'homme d'affaires Pierre-Joseph Falcone, en contrepartie d'un versement d'argent à l'Association professionnelle des magistrats (APM), dont le magistrat aurait été membre. Le jugement considère que "si les faits relatés dans l'article ne sont pas isolément diffamatoires, ils le sont dans leur globalité du fait de l'insinuation qu'elles induisent".

Le journal Le Monde a fait appel de ce jugement.

Le 12 décembre, Béchir Ben Yahmed et Marcel Peju, respectivement directeur et journaliste de l'hebdomadaire Jeune Afrique-L'Intelligent, sont condamnés par le tribunal correctionnel de Paris pour diffamation envers l'armée française, à la suite d'un article intitulé "Hommage aux collabos ?", publié dans le numéro du 27 février 2001, critiquant la décision du président Jacques Chirac de créer une journée nationale d'hommage aux harkis, ces Algériens ayant combattu aux côtés de l'armée française pendant la guerre d'indépendance en Algérie. Béchir Ben Yahmed et Marcel Peju sont condamnés au paiement d'une amende de 2 286 euros et au versement d'un franc symbolique de dommages et intérêts à l'Association de soutien à l'armée française, partie civile. Le jugement reproche à l'article d'être "peu documenté (?), de ne pas être le résultat d'une enquête sérieuse", et le qualifie de "caricature outrageante".

Le 14 décembre, Philippe Amaury et Gérard Davet, respectivement directeur et journaliste du quotidien Le Parisien, sont condamnés pour diffamation au paiement d'une amende de 3 049 euros et au versement d'un franc symbolique de dommages et intérêts à Philippe Séguin, candidat à la mairie de Paris du Rassemblement pour la République en mars 2001. M. Séguin avait déposé plainte suite à la publication d'une interview de Yves Contassot, candidat des Verts, publiée le 30 mai 2000, intitulée "L'ombre de la triche autour de Tiberi".

Le plaignant y était représenté, d'après le tribunal, "du fait de son appartenance au RPR, comme le bénéficiaire d'un système de fraude électorale qui lui permettait également de recevoir certains avantages en nature."

Reporters sans frontières défend les journalistes emprisonnés et la liberté de la presse dans le monde, c'est-à-dire le droit d'informer et d'être informé, conformément à l'article 19 de la Déclaration universelle des droits de l'homme. Reporters sans frontières compte neuf sections nationales (Allemagne, Autriche, Belgique, Espagne, France, Grande-Bretagne, Italie, Suède et Suisse), des représentations à Abidjan, Bangkok, Buenos Aires, Istanbul, Montréal, Moscou, New York, Tokyo et Washington, et plus de cent correspondants dans le monde.

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