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25 millions de caméras de surveillance
Dixit : Chroniques de Cybérie

Il y a parfois des chiffres qui étonnent et détonnent : il y a 25 millions de caméras de surveillance vidéo en opération dans le monde et, à cause des événements que l’on connaît, leur nombre est appelé à augmenter sensiblement. La Grande-Bretagne en compte à elle seule 2,5 millions ; on estime que le citoyen ordinaire qui se ballade à Londres est photographié 300 fois par jour. Un récent reportage de la BBC laisse entrevoir une perspective inquiétante : le maillage des réseaux de surveillance vidéo permettant de suivre à la trace une cible humaine dans tous ses mouvements, maillage rendu possible par l’utilisation de caméras numériques.

Selon le Los Angeles Times , il y en aurait deux millions aux États-Unis. On se souviendra de l’expérience du « SnooperBowl » à Tampa et de l’échec monumental (sur le plan des résultats) de l’implantation du système dans un centre commercial. Le 24 décembre dernier, un groupe militant avait organisé la journée mondiale de la « sousveillance » ; on invitait les citoyens à photographier les caméras de surveillance, question d’énerver un peu et sans autre prétention ceux qui scrutent leurs agissements.

À Washington, à l’occasion de la plus récente alerte terroriste, on a activé un réseau de caméras de surveillance déjà en place, et on songe à augmenter considérablement leur nombre et à mettre sur pied une centrale de la surveillance vidéo. De plus, selon le Washington Post, les images captées par ces caméras seront accessibles depuis le millier d’auto-patrouilles des policiers municipaux.

Il y a environ deux semaines, l’Association du Barreau canadien, Division de la Colombie-Britannique, invitait George Radwanski, Commissaire à la protection de la vie privée du Canada, à s’adresser à ses membres. Le thème retenu était celui du projet de réseau de caméras de surveillance pour certains quartiers de Vancouver.

Dans son allocution , M. Radwanski a été très clair : « Je veux persuader la population de Vancouver de bien penser deux fois, et avec le plus grand soin, à cette proposition de votre service de police - et de considérer que la solution, ce n’est pas de troquer un droit fondamental de la personne, comme le droit à la vie privée, pour une sécurité illusoire [...] Les caméras que vous envisagez d’installer ici à Vancouver - et celles qui suivront dans toutes les autres villes qui vous imiteront si vous allez de l’avant avec ce projet - sont à double tranchant, et elles changeront irrévocablement toute notre conception de nos droits et libertés. »

Le Commissaire a rappelé qu’au cours des derniers mois, il a eu à se prononcer sur certaines dispositions du train de mesures adopté par le gouvernement pour lutter contre le terrorisme : « j’ai déclaré publiquement que la vie privée n’est pas un droit absolu. Il peut certes y avoir des circonstances où il est légitime et nécessaire de sacrifier certains éléments de la vie privée aux intérêts de précautions indispensables pour la sécurité. Mais j’ai aussi dit que le fardeau de la preuve doit toujours incomber à ceux qui affirment que ce sacrifice est nécessaire. »

La Cour suprême du Canada a maintes fois statué que la notion de vie privée est au cœur de celle de la liberté dans un État moderne, ce à quoi le Commissaire ajoute que c’est plus qu’un droit, c’est aussi un besoin inné de la personne : « Et si la vie privée est la question déterminante de la décennie, je crois que la surveillance vidéo est l’enjeu déterminant dans cette question plus vaste. »

De la physique au psychologique, M. Radwanski a ratissé très large dans son exposé : « C’est bien connu. À la fin des années 20, Werner Heisenberg a démontré qu’il est impossible d’observer des particules subatomiques sans en modifier le comportement. Depuis ce temps, les spécialistes de la physique et des comportements utilisent le terme "effet Heisenberg" pour décrire ce qu’ils savent tous, que le fait d’être observé a des effets réels. L’impact psychologique qu’amène le sentiment d’être sous observation constante, le genre de situation que nous aurons si nous laissons proliférer les caméras de surveillance, est énorme, incalculable. »

Jamais à court d’arguments, M. Radwanski a signalé que les taux de criminalité à Vancouver sont en baisse, et le sont depuis des années. En 1991, il y avait 202 crimes pour 1 000 habitants, et en 2000, 138 ; rien n’indique qu’il y a une quelconque nouvelle vague de criminalité justifiant l’urgence et la nécessité d’invoquer la solution des caméras de surveillance vidéo.

Et sur l’efficacité des systèmes : « Le Royaume-Uni a plus de caméras de surveillance que n’importe quelle autre société dans le monde, plus de deux millions, et le nombre ne cesse de croître chaque année. Et les faits parlent d’eux-mêmes. À Glasgow, on a évalué le système de surveillance un an après son installation. À première vue, il semblait bien que le taux de criminalité avait régressé. Mais un examen plus serré des statistiques a révélé que la criminalité avait plutôt progressé de 9 %. Londres a environ 150 000 caméras de surveillance vidéo. L’an dernier, elle avait plus de caméras que jamais auparavant. Et devinez quoi ? L’an dernier, la criminalité de rue à Londres a augmenté de 40 %. »