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Coup de poing sécuritaire de Sarkozy
Dixit : « Le gouvernement privilégie les effets d’annonce et les opérations coups de poing, déplore Michel Tubiana, président de la LDH, la police de proximité sera de plus en plus une police d’intervention et de moins en moins une police de contact. On privilégie la répression sur le dialogue. »

Libération : Coup de poing sécuritaire de Sarkozy Coup de poing sécuritaire de Sarkozy
Les premières mesures annoncées hier suscitent déjà des polémiques.
Par Vanessa SCHNEIDER

vendredi 17 mai 2002

«Le gouvernement est décidé à vous donner les moyens et à vous soutenir pour éradiquer l'explosion de violence à laquelle le pays est confronté.» Sarkozy aux policiers

aro sur l'insécurité. Après avoir martelé ce thème pendant la campagne présidentielle, la droite apporte ses premières réponses. Et déclenche les premières polémiques. Réunis hier matin en séminaire gouvernemental, les ministres de Jean-Pierre Raffarin sortent silencieux de l'hôtel Matignon. Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur, s'est réservé les annonces. Quelques heures plus tard, en visite à Corbeil-Essonnes, en région parisienne, il déclare que les groupements d'intervention régionaux, comprenant policiers, gendarmes, douaniers et agents du fisc, seront opérationnels dès aujourd'hui. Et autorise la police de proximité à se servir de flash-balls (balles en caoutchouc), une arme jusque-là utilisée par les brigades anticriminalité (Bac).

Cités chaudes. Le numéro 2 n'a pas choisi au hasard le lieu du lancement de son plan de sécurisation des cités «chaudes». Mardi soir, deux gardiens de la paix ont été blessés et leur voiture incendiée, dans la cité des Tarterêts, à Corbeil-Essonnes, par une trentaine de jeunes cagoulés, à la suite d'une banale intervention. Nicolas Sarkozy, dont c'est la cinquième visite sur le terrain depuis sa nomination au gouvernement, a clairement voulu signifier son soutien aux policiers. Devant une cinquantaine de fonctionnaires rassemblés dans la cour du commissariat de la ville, il assure : «Les forces de police ont besoin d'être considérées, respectées, j'allais dire aimées.» «Ce qui s'est passé est extrêmement grave et ne doit pas être minimisé, ajoute-t-il en observant la voiture aux vitres brisées et à la carrosserie enfoncée, mais cela prouve que la police est sur le terrain, y compris sur les terrains difficiles.» Le ministre poursuit : «Le gouvernement est décidé à vous donner les moyens et à vous soutenir pour éradiquer l'explosion de violence à laquelle le pays est confronté.» Il égrène ensuite ses mesures : «Puisque désormais on attaque la police de proximité, explique-t-il, il faudra donner à celle-ci les moyens de se défendre. Une autorisation d'usage des flash-balls pour les policiers de proximité qui se trouvent près des cités difficiles et dangereuses va être donnée.» Il propose également la généralisation de la pose de films plastique transparents protecteurs sur les vitres et pare-brise des véhicules de la police nationale, afin d'éviter l'émiettement du pare-brise en cas de «caillassage». Et promet une «accélération» de la réparation des véhicules de police. Notant que, «dans l'Essonne, sur 250 voitures, 50 sont en réparation», il affirme : «Nos forces de police ont besoin de voitures en état de marche et de matériels sophistiqués et modernes pour être défendues.» Autant de mesures destinées à démontrer sa détermination.

Nicolas Sarkozy, qui visait l'hôtel Matignon, tient particulièrement à faire ses preuves place Beauvau et à donner l'image du meilleur élève du gouvernement. Un décret paru hier au Journal officiel précise qu'il «est responsable de l'emploi des services de la gendarmerie nationale pour l'exercice de ses missions de sécurité intérieure». Le but est d'assurer «une meilleure coordination» entre police et gendarmerie même si les gendarmes conservent leur statut militaire.

Puissant. Nicolas Sarkozy est donc bien le plus puissant des membres du gouvernement après Raffarin. Mais il occupe un poste à hauts risques. L'autorisation d'utilisation des flash-balls par la police de proximité est déjà vivement commentée. Au lendemain de l'agression des policiers aux Tarterêts, le syndicat SGP-FO avait demandé «instamment la dotation de flash-balls dans tous les véhicules de police». Mais Joaquin Masanet, secrétaire général du Syndicat indépendant et professionnel de la police (Snip-Unsa), juge, au contraire, que les flash-balls pour les policiers «ne sont pas utiles ni prioritaires. Cela ne réglera pas les problèmes sur le terrain».

Marteler. Pour la Ligue des droits de l'homme (LDH), une généralisation des flash-balls marque «une escalade des mesures sécuritaires». «Le gouvernement privilégie les effets d'annonce et les opérations coups de poing, déplore Michel Tubiana, président de la LDH, la police de proximité sera de plus en plus une police d'intervention et de moins en moins une police de contact. On privilégie la répression sur le dialogue.» Le Mrap craint que l'extension de l'usage des flash-balls crée «les conditions d'un durcissement dans les cités».

Des critiques qui n'empêcheront pas le gouvernement d'insister sur la sécurité. En l'absence de majorité au Parlement, le gouvernement ne peut véritablement agir que dans ce domaine. La baisse de 5 % de l'impôt sur le revenu promise par Jacques Chirac ne pourra, comme toute décision concernant les dépenses ou les recettes de l'Etat, être réalisée sans un passage devant le Parlement. C'est-à-dire en cas de victoire aux législatives des 9 et 16 juin. Hier, le porte-parole du gouvernement, Jean-François Copé, a affirmé qu'une «dizaine de mesures» seraient annoncées «la semaine prochaine», mais la plupart ne pourront être appliquées tout de suite.

Comme on ne change pas une recette qui gagne, la droite compte bien continuer à user de la thématique de la sécurité pour séduire les électeurs. Quitte à en faire des tonnes comme Pierre Bédier, maire RPR de Mantes-la-Jolie et proche du chef de l'Etat, qui jure, dans les colonnes du Parisien, vouloir «insécuriser les délinquants». Charles Pasqua, en son temps, parlait de «terroriser les terroristes». Selon Pierre Bédier, les opérations des groupes d'intervention vont se multiplier dans les quartiers. Interrogé sur les conséquences de telles descentes, le maire de Mantes-la-Jolie concède : «Il y aura sans doute des voitures brûlées, des bâtiments dégradés, voire, ce que personne ne souhaite, un jeune blessé dans une charge de CRS [...] Mais c'est le prix à payer.» A voir.