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Les méthodes de recueil des statistiques de la délinquance nourrissent la controverse sur l’insécurité
Dixit : Plus les policiers et les gendarmes collectent des faits qu’ils ne comptabilisaient pas auparavant, plus ils font augmenter les chiffres. Plus les chiffres augmentent, plus la polémique sur l’insécurité est alimentée.

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Les méthodes de recueil des statistiques de la délinquance nourrissent la controverse sur l'insécurité

• LE MONDE | 11.10.01 | 15h40

Fallait-il déroger à la règle ? Alors que, rituellement, le ministère de l'intérieur publiait ses statistiques sur la délinquance en début d'année, il a choisi, cet été, de rendre publiques ses premières tendances pour 2001 le 1er août. Ce souci de transparence, commandé par la volonté de désarmorcer une polémique croissante sur l'insécurité, s'est cependant révélé contre-productif. Rendues publiques sous la pression des syndicats de policiers et de l'opposition, ces statistiques, qui font état d'une augmentation de 9,58 % des infractions constatées par la police et la gendarmerie lors du premier semestre, n'ont en rien désamorcé la controverse. Au contraire, elles ont, en confirmant une tendance à la hausse de la délinquance commencée en 2000, offert une assise officielle aux discours alarmistes sur la montée de l'insécurité.

La Place Beauvau n'ignore pourtant pas que le maniement des chiffres de la délinquance est délicat. Tout simplement parce que la moindre augmentation de tendance est immédiatement interprétée comme une hausse de la violence dans le pays, sans souci d'une analyse plus détaillée, et dans la durée. Le ministère de l'intérieur a beau accompagner ses chiffres d'un argumentaire dans lequel sont explicitées les tendances de la criminalité et de la délinquance - par infraction, par zone police ou gendarmerie, ou par âge des auteurs interpellés -, les commentateurs ne retiennent généralement que le chiffre global, qui amalgame des faits de toute nature, recensés dans 107 catégories différentes.

Pourtant, ces chiffres ne reflètent que très partiellement la réalité de la délinquance. Mis en œuvre en 1972, réactualisé pour la dernière fois en 1995, le système statistique - appelé "Etat 4001" - ne comptabilise que les faits constatés par la police et la gendarmerie qui font l'objet d'une procédure transmise à la justice. Lui échappent l'ensemble des faits mentionnés dans les mains courantes des commissariats qui n'ont aucune suite pénale, ainsi que tous les faits qui ne sont pas signalés par les victimes - ce qu'on appelle "le chiffre noir de la délinquance". Le système statistique recense également les infractions découvertes à la seule initiative de la police, comme le trafic de stupéfiants. Que la police change de priorité - accentuer la répression de l'immigration clandestine ou du trafic de cannabis - et les chiffres s'en ressentent immédiatement.

AUGMENTATION MÉCANIQUE

Ainsi, considéré sur une période très courte - quelques mois ou un an -, ce système de comptage recense essentiellement les fluctuations de l'activité policière. C'est ainsi que l'année 2000, qui affichait une augmentation de 5,72 % du chiffre global de délinquance, venait après trois années de baisse, en 1995, 1996 et 1997 et deux années de stabilisation, en 1998 (+ 2,06 %) et en 1999 (+ 0,07 %). En revanche, par sa stabilité et sa régularité, ce système statistique offre un outil de prise de recul pour analyser les tendances lourdes de l'évolution de la violence. Reprenant ces statistiques depuis 1972, Laurent Mucchielli, chercheur au CNRS et auteur de Violences et insécurité, fantasmes et réalités dans le débat français (2001, éd. La Découverte, 141 pages, 42 francs), montre ainsi que contrairement aux idées reçues, "les violences les plus graves ne sont pas de plus en plus fréquentes dans la société".

Le taux des homicides et tentatives d'homicide a en effet baissé ces dernières années : il était de 3,6 faits pour 100 000 habitants en 2000, contre 4,5 en 1990. Les viols et agressions sexuelles augmentent depuis la fin des années 1970, et plus particulièrement depuis la fin des années 1980, mais il est probable que cette tendance correspond surtout à la hausse des plaintes des victimes.

En revanche, les coups et blessures volontaires augmentent nettement, passant de 6,42 faits pour 10 000 habitants en 1987 à 9,89 en 1993, puis 16,27 en 1999. Les enquêtes menées auprès des victimes (dites "enquête de victimation"), indiquent que cette augmentation est due à la multiplication des bagarres entre jeunes dans et autour des quartiers populaires. Enfin, les vols et les cambriolages sont en hausse quasi continue depuis plus de quarante ans, tout en se renouvelant avec la société de consommation, en passant des voitures au téléphone portable. Ce sont justement les vols de téléphones portables, objets de consommation convoités, qui expliquent, pour les deux tiers, l'augmentation de 9,58 % de la délinquance générale enregistrée au premier semestre 2001. Commis à l'arraché, ils représentent ainsi 50 % des vols avec violence, confirmant une tendance déjà amorcée en 2000. La même année avait été marquée par une augmentation de 49,39 % des escroqueries aux cartes bancaires. Les coups et blessures volontaires, en augmentation constante depuis dix ans, ont eux aussi progressé au premier semestre 2001, de 9,46 %. Enfin, comme en 2000, le nombre d'infractions constatées a été plus important, en proportion, en zone gendarmerie (rurale) qu'en zone police (urbaine).

Venant après deux années de stabilisation de la délinquance, ces chiffres globaux ont marqué les esprits et sont venus alimenter la polémique sur la montée de l'insécurité. Pourtant, cette hausse pourrait s'expliquer moins par une augmentation réelle de la violence que par une meilleure appréhension de ce phénomène par les forces de l'ordre.

Comme le rappelait Patrice Bergougnoux, directeur général de la police nationale, dans un point de vue publié par Le Monde le 25 juin, "la mise en place de la police de proximité" et le "meilleur accueil" dans les commissariats "sont autant d'éléments qui incitent au dépôt de plainte". "L'action dynamique des services génère une "demande secondaire" de sécurité, expliquait M. Bergougnoux. Plus nos services sont efficaces, plus la population leur fait confiance. Plus les policiers sont présents sur la voie publique, plus ils sont sollicités."

"EFFET BOOMERANG"

Ainsi, en mettant en place la police de proximité et en incitant les autres institutions - municipalités, bailleurs sociaux, éducation nationale - à déposer systématiquement plainte en cas d'incidents, le gouvernement aurait paradoxalement aidé à la révélation du chiffre noir de la délinquance. Cette meilleure prise en compte de la réalité de la délinquance fait ainsi augmenter mécaniquement les indicateurs statistiques, enfermant le gouvernement dans un cercle vicieux : plus les policiers et les gendarmes collectent des faits qu'ils ne comptabilisaient pas auparavant, plus ils font augmenter les chiffres. Plus les chiffres augmentent, plus la polémique sur l'insécurité est alimentée.

Ce "redoutable effet boomerang", comme le qualifie le sociologue Dominique Montjardet, avait été mesuré par les chercheurs, qui appellent de leurs vœux, depuis plus de dix ans, un changement d'outils de mesure de la violence en France. Lionel Jospin leur a donné raison, le 25 juin, en affirmant qu'"en l'état actuel, les statistiques de la délinquance ne permettent qu'une approche parcellaire de l'insécurité et ne rendent compte qu'imparfaitement de son évolution". Dans la foulée, il nommait une mission confiée aux députés Christophe Caresche (PS, Paris) et Robert Pandraud (RPR, Seine-Saint-Denis) afin d'élaborer "un nouvel instrument statistique de mesure de l'insécurité". Les parlementaires doivent rendre leurs travaux début 2002. Trop tard, certainement, pour disposer d'un outil de mesure fiable et complet de la délinquance avant l'entrée dans la campagne électorale.

C. Pr.

• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 06.09.01

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