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La police se sent pousser du zèle
Dixit : Stimulés par les propos martiaux du nouveau gouvernement, les policiers parisiens multiplient les sorties musclées.

Libération : La police se sent pousser du zèle La police se sent pousser du zèle
Stimulés par les propos martiaux du nouveau gouvernement, les policiers parisiens multiplient les sorties musclées.
Par Karl LASKE

samedi 18 mai 2002

e n'est encore qu'un frémissement. Une montée d'adrénaline. Les opérations policières tous azimuts, notamment dans les banlieues difficiles, n'ont pas encore commencé, que c'est déjà l'ébullition dans les commissariats.

Mercredi, à 16 heures, la police intervient pour disperser la foule qui attend au guichet des cartes de séjour, boulevard de Sébastopol, à Paris. Le même jour, à 18 heures, pas très loin de là, quai de Valmy, une vingtaine de policiers font de même pour disperser les badauds réunis autour de trois musiciens. Tard dans la nuit, quatre amis sont interpellés et menottés à Ivry par une équipe nombreuse : on les soupçonne du vol de deux annuaires téléphoniques ; ils seront relâchés quelques heures plus tard.

Ces micro-incidents, qui doivent donner lieu à des plaintes devant l'inspection générale des services (IGS), font presque sourire du côté de la préfecture de police. Mais ils donnent l'ambiance avant la mobilisation générale.

Queue. Mauvaise ambiance. José est arrivé à 8 heures du matin au service des cartes de séjour. A 16 heures, il était sur le point de passer. «Craignant la fermeture, des gens se sont placés un peu derrière nous. Il n'y avait aucune violence. Pas un mot de trop, juste une inquiétude. Le responsable du centre nous a dit : "Si vous ne sortez pas, on ferme le centre." Peu après, une dizaine de policiers sont arrivés. Et ils nous ont repoussés violemment en portant et en appuyant les barrières sur nous. Deux femmes sont tombées par terre. Ils nous ont menacés de nous gazer avec des bombes lacrymogènes. Un policier nous a dit : «On nous a appelés pour faire le ménage, c'est ce qu'on fait.»

Vingt policiers finissent de disperser la file d'attente. «J'ai vu que ce qui était très humiliant pour nous en faisait rire certains», dit José. Etudiant en thèse, il n'est pas retourné faire la queue depuis l'incident. Incident par ailleurs plus que relativisé à la préfecture de police : «Le service des cartes de séjour a fait appel à la police de quartier parce qu'il y avait une gestion difficile des files d'attente» indiquait-on, hier, à Libération.

Protestations. Quai de Valmy, deux heures plus tard, c'est un peu le même scénario. Trois musiciens sont là ainsi que les habitués du canal de l'Ourcq, dont certains accompagnés de leurs enfants. Une première voiture arrive. Puis trois autres. Pas d'insultes, quelques protestations. «Ils avaient des matraques en main et voulaient repousser tout le monde. L'un d'eux était particulièrement agressif, il disait aux gens : "Allez-y, insultez-moi", raconte Alexandra. Il n'y avait pas de réactions violentes en face.»

Les trois musiciens sont embarqués, l'un d'eux à coups de matraque. «Ils ont lancé deux fois des gaz lacrymogènes sur tout le monde, malgré les enfants.» Ironie de la situation, les gens prennent les numéros des voitures de police, et se retrouvent avec le chien d'un chanteur sur les bras. Une liste de quinze témoins est constituée. «Nous avons été appelés par des riverains. Les musiciens ont refusé de partir. L'un des fonctionnaires s'est senti menacé et il a fait usage de sa bombe lacrymogène», expliquait la préfecture, hier.

«C'est eux !» A Ivry, c'est en pleine nuit que quatre amis, issus de l'immigration, dans les 25 ans et étudiants de grandes écoles, se font embarquer. Ils sont en voiture. On leur demande de sortir. Vingt policiers les entourent, façon film américain. «C'est eux», entendent-ils dans la nuit. Menottes dans le dos, jusqu'au commissariat. Puis attachés au banc. Ils ont leurs papiers. L'un des jeunes est élève avocat. «Signifiez-nous une garde à vue ! Notifiez-nous nos droits !» dit-il, ajoutant qu'il va se plaindre au ministère. «On a le soutien du ministre», lui répond-on. Ils sont finalement relâchés. On les a soupçonnés, à tort, du vol de deux annuaires.

Cette semaine, d'autres plaintes de même nature doivent être adressées à l'IGS. Le témoin d'un contrôle d'identité s'est fait bousculer boulevard Montmartre ; deux motards sont sortis de leurs gonds, près du boulevard Voltaire, contre un Anglais qui venait d'être témoin d'incidents près du Bataclan. «Affaires banales», dit un fonctionnaire. «C'est du quotidien», explique-t-on à la préfecture, où l'on ne perçoit à ce jour aucun excès de zèle.

Choc. Des fonctionnaires remotivés, il y en pourtant un certain nombre. Et qui le clament haut et fort. «Est-ce qu'il faut intervenir ou pas ? Il faut de la sécurité ou pas ? Il faut savoir ce qu'on veut, s'indigne Jean-luc Garnier, responsable du syndicat Alliance (droite). Des interpellations sans violence, ça n'existe pas. Il faut savoir si la population souhaite un retour à la république ou pas.» Du côté des jeunes délinquants ou pas , c'est plutôt l'expectative, bien qu'à Bordeaux, jeudi soir, des policiers aient déjà été pris dans un guet-apens dans une cité. «Les jeunes parlent beaucoup plus des attitudes policières avec nous depuis quelques jours», constate un animateur social de l'Est parisien. «L'effet psychologique touche les délinquants comme les policiers, relève un haut fonctionnaire. C'est vrai que depuis vingt ans les policiers intègrent ce qu'ils croient à tort ou à raison être les volontés du gouvernement. En étant plus ou moins actifs.»

Reste à savoir quelle sera leur attitude devant un discours gouvernemental ouvertement guerrier. Evoquant le cas de Corbeil-Essonnes, le ministre de l'Intérieur a donné le ton, jeudi : «La cité des Tarterêts fait partie de la République et chaque centimètre de cette cité appartient à l'Etat de droit. Nous y chercherons les délinquants sans aucun répit», a déclaré Nicolas Sarkozy. Syndicats et fonctionnaires s'attendent à des «effets collatéraux» lors des frappes.