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La télévision a accru sa couverture de la violence durant la campagne
Dixit : La télévision a fortement augmenté sa couverture de la violence durant la campagne présidentielle. Une enquête conduite par "Le Monde" révèle que 18 766 sujets au total ont été consacrés par les chaînes aux crimes, jets de pierres, vols de voitures, "braquages" et interventions des forces de l’ordre, soit une moyenne de 987 sujets par semaine. Selon les premières estimations du ministère de l’intérieur, le nombre des crimes et délité a, pourtant, été en léger repli au cours du premier trimestre 2001.

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La télévision a accru sa couverture de la violence durant la campagne

• LE MONDE | 27.05.02 | 13h11

• MIS A JOUR LE 27.05.02 | 13h49

Y a-t-il eu une augmentation, dans les médias, du nombre de sujets consacrés à l'insécurité depuis le début de l'année jusqu'au "choc électoral" du 21 avril ? Y a-t-il eu une accélération dans les semaines qui ont précédé le premier tour de l'élection présidentielle ? Sur quelle réalité reposent les accusations du député (PS) de l'Essonne, Julien Dray, à l'encontre de TF1, à laquelle il reproche "une part particulière de responsabilité" (Le Monde du 11 mai) dans l'exacerbation du sentiment d'insécurité ?

Le Monde a enquêté sur la périodu 1er janvier au 5 mai 2002 à partir, notamment, de données exclusives fournies par le pôle information de TNS Media Intelligence (groupe Sofres). Un relevé exhaustif du nombre de sujets "faits divers-police justice" sur 65 médias a été synthétisé : 60 personnes ont observé 7 jours sur 7, de 5 heures du matin à minuit, 23 télévisions nationales hertziennes, par câble et satellite, 18 chaînes régionales (dont 15 différentes de France 3) et 24 stations de radio. Le nombre de sujets a ensuite été pondéré par leur place et leur durée, en les rapportant au nombre de personnes (auditeurs, téléspectateurs, lecteurs) susceptibles d'y avoir été exposées.

Premier enseignement : depuis le 7 janvier et jusqu'au second tour de l'élection présidentielle, il y a eu 18 766 sujets consacrés dans les journaux télévisés - qui représentent 6 % du temps global d'antenne de toutes les chaînes - aux crimes, jets de pierre, vols de voiture, braquages, interventions de la police nationale et de la gendarmerie, instructions judiciaires relevant du droit pénal... Soit une moyenne de 987 sujets par semaine. Une croissance de 126 %, tous médias confondus, a été observée entre février et mars. Du 1er janvier au 5 mai, l'insécurité a été médiatisée deux fois plus que l'emploi, huit fois plus que le chômage. D'après les estimations du ministère de l'intérieur, aucune augmentation sensible des crimes et délits n'a pourtant été constatée sur la période. Au premier trimestre, les services ont plutôt constaté un ralentissement par rapport à la même période en 2001.

Dans les médias, le volume des sujets consacrés à la violence connaît, lui, une première hausse brutale la semaine du 4 février. Il y a la bousculade meurtrière lors d'une soirée étudiante à Brest (Finistère), le père qui avoue à Strasbourg (Bas-Rhin) avoir tué et brûlé sa femme et ses deux enfants. La progression est ensuite constante du 4 mars jusqu'au 7 avril. Les Français sont informés pas à pas de l'affaire Patrick Dils, du "meurtre" du père de famille d'Evreux (Eure) par les "racketteurs" de son fils, de la grenade contre le commissariat de Clichy-la-Garenne (Hauts-de-Seine), de l'attaque du supermarché de Nantes (Loire-Atlantique), pour ne citer que les sujets les plus emblématiques. La tuerie de Nanterre (Val-de-Marne) restera à l'antenne, le plus souvent en début de journal, pendant presque dix jours.

Cette longue série de petits et grands crimes diminue ensuite en volume pendant une grosse semaine avant de rebondir, la veille du premier tour, avec l'agression de "papy Voise" le 20 avril à Orléans (Loiret).

Ce jour-là, TF1 annonce à 6 h 45 qu'une personne âgée a été "rouée de coups suite à une agression à Orléans". L'information est ensuite reprise 19 fois dans la journée du 20 avril par LCI, qui consacre un total d'une demi-heure (24 min 48) à Paul Voise, "un retraité du quartier de l'Argonne à Orléans" battu par "deux voyous". A la radio, Europe 2 fait une mention de 18 secondes le matin, RTL lui consacre 1 min 11 dans son journal de 8 h 30. Europe 1 revient deux fois sur le sujet. Sur France 2, Béatrice Schönberg ouvre son 13 heures avec la déclaration de la victime. France 3 accorde deux minutes à ce fait divers dans son édition nationale de 19 h30. TF1, qui n'a pas mentionné l'information à 13 heures, donne un long reportage en début de journal en montrant le visagé tuméfié du septuagénaire, mais aussi le "comité de soutien qui vient de se créer". Le Figaro et Le Parisien lui consacrent aussi des articles, La Croix et Libération mentionnent l'agression sous forme de "brève".

En termes d'impact ou de pression médiatique, il existe d'importantes distinctions entre les familles de médias : la télévision a contribué à environ 60 % de la présence médiatique de l'insécurité sur cette période, la presse écrite à environ 25 % (presse quotidienne nationale 9,86 %, presse quotidienne régionale, 7,63 % et magazines d'actualité 7,21 %) et la radio à 12 %. "La répartition ne se fait pas équitablement entre les différents médias dans le traitement de l'insécurité depuis mars 2001", affirme, sans plus de détail, Nicolas Laugier, le directeur du pôle information de TNS Media Intelligence.

Selon nos informations, le rapport serait de 1 à 4 entre les " JT" de 13 heures de France 2 et celui de 13 heures de TF1. Ce que ne saurait expliquer la seule différence d'audience, le rapport étant en moyenne inférieur à 3, en faveur de TF1. La visibilité des sujets liés à la délinquance et aux crimes dans les JT de 20 heures de TF1 (environ 40 % de part d'audience moyenne) aurait été deux fois plus importante que celle des mêmes sujets sur les JT de 20 heures sur France 2 (environ 25 % de part d'audience). Depuis le premier tour du scrutin, le bruit médiatique autour de la violence et des interventions policières a brutalement chuté de 67 % à la télévision, et de 50 % en moyenne dans l'ensemble des médias, selon TNS.

Que s'est-il donc passé ? A France 2, le directeur de l'information, Olivier Mazerolle, explique à propos de M. Voise : "Le visage de ce monsieur ne doit pas être tenu responsable de la démolition qui était totalement minée." En revanche, dit-il, la violence en France "a été sous-traitée pour des raisons culturelles pendant des années", admet-il. "Les journalistes ont eu peur de faire le lit de Le Pen, on a décrété que cela n'existait pas. Cette violence était pourtant bien ancrée dans l'esprit de nos compatriotes. Nous, nous ne sommes pas allés voir et cela a monté, monté. D'un coup, cela nous a sauté à la figure."

A TF1, le directeur de l'information, Robert Namias, affirme "[se poser] quotidiennement des questions sur la façon dont [nous] travaillons". Mais il ne supporte pas les insinuations de M. Dray : "Je ne suis pas d'accord avec tout ce qui est dit, sur le fait que TF1 a fait trop d'insécurité. Cela ne veut rien dire. Il n'y a pas de choix éditorial, ni de volonté politique particulière", martèle-t-il. "Evidemment" conscient de sa responsabilité parce que " TF1 est puissante", M. Namias renvoie au rôle des agences de presse (AFP, Reuters) : "Si le braquage de jeudi [23 mai] à Emerainville (Seine-et-Marne) n'avait pas été mentionné sur les fils d'agence, il n'est pas certain que nous aurions eu l'info et que nous l'aurions traitée", affirme-t-il.

Florence Amalou


Méthodologie pour mesurer la visibilité

Le pôle information de Taylor Nelson Sofres Media Intelligence a mis au point un baromètre d'impact médiatique dont est tiré la courbe chronologique.

L'indice UBM : il s'agit d'un indice composite qui intègre le volume d'information consacré à un sujet (en espace ou en durée) et le nombre de téléspectateurs, de lecteurs ou d'auditeurs âgés de 15 ans et plus susceptibles d'avoir été exposés à cette information.

Les médias étudiés : cet indice mesure à la fois les sujets durables et les événements marquants de l'actualité dans plus de 80 titres de presse et dans les tranches d'informations des radios et des télévisions.

La classification : la catégorie "police-justice" regroupe les informations relatant les actions de la police et de la gendarmerie, les instructions pénales et les procédures judiciaires. La catégorie "faits divers" regroupe les actes de délinquance (tags, jets de pierre, insultes.. ), les violences intentionnelles ou accidentelles (crime, braquage...).


France 5 épingle France 3

L'émission "Arrêt sur images" du 19 mai (France 5) a fait état de dysfonctionnements dans la couverture du meurtre, le 8 mars, d'un père de famille à Evreux (Eure). Le fait divers a unanimement été présenté comme "l'assassinat d'un père de famille venu défendre son fils qui avait été racketté la veille". Certains médias auraient "occulté les détails qui ne cadraient pas" avec cette version, selon l'enquête de cette émission de France 5.

Un témoin a notamment déclaré face à la caméra de la 5e que le journaliste de France 3 était resté sourd à sa version parce qu'"elle n'intéressait pas son rédacteur en chef". Ce témoin aurait relevé que le père de famille était armé d'un cutter et accompagné de quatre autres adultes.

• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 28.05.02

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