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Le nouveau ministère de la sécurité intérieure met un peu plus l’Amérique en état de guerre
Dixit : Robert Mueller, le directeur du FBI, a fait devant la commission judiciaire de Sénat un aveu humiliant : l’ordinateur central de la sûreté américaine est incapable de faire une recherche avec deux mots clés ; si un agent veut savoir ce que la mémoire policière contient sur les écoles de pilotage, il doit effectuer deux opérations, une avec « school », l’autre avec « flight ». « Des milliers de tueurs entraînés complotent pour nous attaquer », a dit George Bush en présentant son super-ministère qui comptera 170 000 fonctionnaires et un budget de 37,4 milliards de dollars.

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INTERNATIONAL : Le nouveau ministère de la sécurité intérieure met un peu plus l'Amérique en état de guerre

Date de parution: Samedi 8 juin 2002
Auteur: Alain Campiotti, New York

ETATS-UNIS. «Des milliers de tueurs entraînés complotent pour nous attaquer», a dit George Bush en présentant son super-ministère qui comptera 170 000 fonctionnaires et un budget de 37,4 milliards de dollars. En promettant ce regroupement des forces sur le front intérieur, le président américain tente aussi de reprendre l'initiative devant la multiplication des révélations de défaillances avant le 11 septembre

Robert Mueller, le directeur du FBI, a fait devant la commission judiciaire de Sénat un aveu humiliant: l'ordinateur central de la sûreté américaine est incapable de faire une recherche avec deux mots clés; si un agent veut savoir ce que la mémoire policière contient sur les écoles de pilotage, il doit effectuer deux opérations, une avec «school», l'autre avec «flight». Maintenant que le Congrès a entrepris, depuis mardi, d'ausculter les défaillances des services de renseignement avant le 11 septembre, les révélations de ce type vont se multiplier, et la belle façade guerrière de la Maison Bush va se lézarder.
Le président se devait de reprendre l'initiative. Il l'a fait jeudi soir en annonçant la création d'un Département de la sécurité intérieure, nouveau ministère de plein droit, énorme machine de 169 000 fonctionnaires, dotée d'un budget de 37,4 milliards de dollars. Le Congrès doit donner son approbation, ce qui ne devrait pas être difficile. Des ténors du parlement, démocrates et républicains, demandaient depuis des semaines que l'Office de la sécurité intérieure, créé après le 11 septembre, soit transformé en ministère afin de l'obliger à rendre des comptes devant le Sénat et la Chambre. Les difficultés s'empileront au moment où il s'agira de créer dans les faits le monstre, en arrachant à d'autres ministères les services liés à la sécurité intérieure (22 au total). Le nouveau département avalera en effet les Services secrets, la Douane, l'Immigration, la Coast Guard, pour ne citer que les gros morceaux. Il aura quatre grands secteurs: la sécurité des transports et des frontières, la gestion des alertes, une agence de lutte contre les attaques chimiques, biologiques, radiologiques et nucléaires, un centre d'analyse du renseignement.
Mais ni le FBI, ni la CIA, ni la NSA (écoutes) ne feront partie de ce nouveau grand ministère. Face à la menace dissymétrique d'un ennemi dispersé, invisible et décidé à employer les armes les plus inattendues, les Etats-Unis réagissent comme ils sont préparés à le faire: en ajoutant à des bureaucraties, toutes jalouses de leur autonomie et de leur propre importance, une nouvelle bureaucratie.
Or peu avant l'annonce présidentielle, devant les mêmes commissaires qui avaient entendu Robert Mueller, la paralysie bureaucratique était justement en accusation. Coleen Rowley témoignait elle aussi, et cette juriste du FBI à Minneapolis, qui avait dénoncé dans une lettre retentissante les dysfonctionnements du Bureau avant le 11 septembre, démontrait avec candeur comment les couches et les barrières hiérarchiques avaient empêché qu'une enquête approfondie ne soit ouverte sur Zacarias Moussaoui. L'élève pilote franco-marocain avait été arrêté par les collègues de Coleen Rowley, et son ordinateur contenait entre autres des informations sur des contacts d'Al-Qaida en Allemagne et en Malaisie. L'autorisation d'ausculter le disque dur, demandée à la mi-août, avait finalement été accordée dans la panique, le 11 septembre dans l'après-midi...
La bureaucratie policière produit ce qu'elle sait faire. John Ashcroft, le ministre de la Justice, vient d'annoncer que l'INS (services de l'immigration) ? qui dépend encore de lui avant de passer au Département de la sécurité intérieure ? allait ouvrir une grande chasse aux immigrants proche-orientaux, pas seulement eux, mais d'abord eux. Arrivant à la frontière, ils seront photographiés, et les agents prendront leurs empreintes digitales; leur séjour sera ensuite suivi, pour vérifier qu'ils font bien ce qu'ils étaient venus faire, et qu'ils partent à l'expiration de leur visa. Cette mesure massive s'ajoute aux arrestations secrètes que défend toujours l'Attorney General, à la recherche des clandestins, aux «entretiens volontaires» avec des milliers de résidents arabo-musulmans. C'est la guerre, comme dirait Ari Fleischer, le porte-parole de George Bush. Justifiant la création du Département de la sécurité intérieure, il a dit que cela «faisait partie de ce mouvement qui mène d'une société en temps de paix à une société mobilisée pour la guerre». Le président, lors de son annonce de jeudi, avait le même ton emphatiquement guerrier: «L'Amérique, a-t-il dit, conduit le monde civilisé dans un combat titanesque contre le terrorisme.» Samedi dernier, il avait presque annoncé une prochaine intervention préventive contre l'Irak, dans lequel Washington veut voir la prochaine menace terroriste armée de moyens de destruction de masse. Devant l'OTAN à Bruxelles, Donald Rumsfeld expliquait jeudi que le passage à l'action ne pouvait pas attendre que les preuves absolues du danger soient données. Dick Cheney, le vice-président, répétait peu après à Washington qu'il y avait urgence à s'en prendre à Saddam Hussein. Comme dit Fleischer: «une société mobilisée pour la guerre»...

Ulysse et Polyphème
Alain Campiotti

Commentaire

Comme Ulysse avait rendu aveugle le cyclope Polyphème, les hommes d'Al-Qaida, noyés dans les foules, ont empêché le géant américain de les voir. Non que l'espionnage et le contre-espionnage des Etats-Unis aient eu les yeux crevés. C'est que l'attaquant et l'attaqué ne sont plus dans le même monde: d'un côté, des tueurs déterminés, entraînés au secret; de l'autre, le plus puissant appareil étatique, auquel sa puissance même peut faire perdre sa clairvoyance.
Les Américains comprennent bien cette dissymétrie, dont ils ont même fait la théorie avant d'en être les victimes. Maintenant, ils cherchent des parades, et ils les trouvent dans leur arsenal familier. On ne change pas facilement de monde et de peau. Qu'y a-t-il dans cet arsenal: des armements sophistiqués, bien sûr; des moyens presque illimités; des organismes de sécurité qui n'attendent qu'à être développés ou réorganisés...
Les Etats-Unis avancent dans cette voie. Mais il y a de redoutables dangers. Le développement des moyens policiers appelle leur emploi. Aux yeux de la plupart des Américains, la guerre qui leur a été déclarée justifie des actions déterminées, sans trop prendre de gants: arrestations prolongées, détentions hors du droit international, enquêtes au faciès même quand on se défend de le faire.
L'Amérique ne sera pas un Etat policier. Mais le danger, c'est qu'elle se rapproche du portrait détestable que ses ennemis font d'elle. Les terroristes européens des années 70 voulaient, par leur violence, contraindre les Etats à montrer leur supposée face policière. C'est aussi ce qu'Al-Qaida et ses séides, dans leurs caches, espèrent.

Des frontières américaines sous surveillance accrue



Octobre 2001: Des officiers de police sont à bord des avions. Les cabines de pilotage sont renforcées. La garde nationale patrouille dans les aéroports.
Novembre 2001: George Bush signe une loi qui étend le rôle de l'Etat fédéral dans le domaine de la sécurité aérienne. Les 28 000 agents de contrôle vont devenir des employés fédéraux qui seront obligatoirement citoyens américains. Les aéroports doivent renforcer leurs mesures de contrôle et installer de nouveaux systèmes de détection.
Janvier 2002: Le président Bush appelle à une grosse augmentation du budget des services d'immigrations pour leur permettre de poursuivre les gens qui séjournent illégalement aux Etats-Unis.
Mars 2002: Le président Bush déclare que la surveillance de la frontière mexicaine va être considérablement accrue ? en particulier par de nouveaux équipements technologiques ? afin d'empêcher d'éventuels terroristes d'entrer par cette voie sur sol américain.
Juin 2002: Les ressortissants de pays considérés comme suspects vont devoir faire face à de nouvelles exigences pour obtenir leur visa, en acceptant notamment que leurs empreintes digitales soient relevées. LT

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