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Les Français disposent d’un très bon système d’interception des communications
Dixit : Les Français disposent d’un très bon système d’interception des communications (fax, Internet, téléphone...). Depuis quelque temps, la NSA n’exige plus les documents à l’état brut, mais préfère recevoir les analyses de la DGSE.

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"Les Américains ne connaissent pas les islamistes"

• LE MONDE | 15.06.02 | 12h30

Dans votre livre la citadelle endormie, vous dénoncez les défaillances des divers services américains dans la lutte antiterroriste. n'est-ce pas facile, après-coup et compte tenu des éléments aujourd'hui connus, de les mettre ainsi en cause ?

Il faut distinguer deux choses. D'abord, ce que les Américains appellent le "prior knowledge", c'est-à-dire ce que les services savaient, ou ne savaient pas, avant le 11 septembre. De ce point de vue, c'est vrai, il est assez facile de rassembler des bribes d'informations, plus ou moins importantes, recueillies avant les attentats, et de dire "mais oui, bien sûr...". A mon sens, le vrai problème n'est pas là. Il est davantage dans le mauvais fonctionnement des services, dans leur incapacité à partager les informations qui étaient en leur possession. Et là, il s'agit de critiques récurrentes émises depuis plusieurs années. Elles viennent de l'intérieur même des services en question ou de gens qui y ont travaillé, parmi lesquels d'anciens patrons. Tous s'accordent à dire "ça ne va pas". Ces services fonctionnent dans des bunkers, des systèmes culturels autonomes. Ils n'arrivent pas à communiquer, à travailler ensemble. Aujourd'hui, ils jouent gros et sont engagés dans un combat à mort. Avec les travaux de la commission d'enquête, tout va être déballé, tout va sortir.

Cette rivalité a souvent été évoquée dans la littérature ou au cinéma. L'opinion semble même l'avoir intégrée...

C'est exact. Mais les Américains ne peuvent pas prétendre empêcher un autre 11 septembre s'ils continuent comme ça ! Le choc des attentats les a renforcés, mais qu'en sera-t-il la prochaine fois ? Pour l'instant, on est abreuvé d'alertes sur d'éventuelles attaques. Du reste, c'est devenu n'importe quoi. On parle en même temps d'attaques à la bombe atomique et d'attaques par plongeurs dans l'Etat de Washington ; cela n'a pas de sens ! Comme les services ne veulent plus être accusés de n'avoir rien vu venir, ils prennent des précautions, et le moindre petit truc prend des proportions incroyables. Résultat : plus personne ne croit à rien.

En quoi la CIA est-elle devenue une "bureaucratie gélatineuse", pour reprendre l'expression de son ancien secrétaire général Frederik Hitz ?

En ce qui concerne le 11 septembre, elle n'a pas su travailler avec le FBI ni remonter aux sources du terrorisme. Il faut quand même rappeler que ses agents avaient l'autorisation de tuer Ben Laden depuis 1996, et qu'ils n'ont pas été capables de mettre la main dessus. Contrairement aux services français, ils ne sont pas du tout imprégnés de la culture islamique. Ils ne connaissent pas ces milieux. La CIA a tendance à recruter des premiers prix de vertu, des gens politiquement corrects, mais incapables de s'aventurer sur certains terrains. Or, dans le monde de l'espionnage, il ne faut pas avoir peur, pour aller au plus près des informateurs, de fumer un joint, de boire un coup ou de rencontrer des crapules. En France, on a des gars comme ça. La CIA en a de moins en moins. Elle a écarté ceux qui présentaient ce profil. Ce n'était peut-être pas des saints, mais ils avaient une grande capacité d'adaptation. A cela s'ajoute un autre problème : les Américains ne font aucune confiance à leurs compatriotes qui ne sont pas blancs, protestants, et issus de l'université Yale. Aucun pays au monde n'accueille autant de communautés d'origine étrangère. Mais cette diversité ne se retrouve pas dans les services. Jamais les Américains ne feront confiance, pour des affaires de sécurité nationale, à quelqu'un venant du Moyen-Orient ! Au bout du compte, ils traiteront ces affaires par l'intermédiaire des Saoudiens ou des Pakistanais, au risque d'être manipulés.

A la lecture de votre ouvrage, il apparaît pourtant qu'ils avaient conscience des dangers que représentait Oussama Ben Laden. Les auraient-ils sous-estimés ?

En février 2001, soit sept mois avant les attentats, le patron de la CIA, George Tenet, déclarait devant des parlementaires : "Oussama Ben Laden, ses lieutenants et ses associés demeurent la menace la plus immédiate et la plus sérieuse." On ne peut donc pas dire que les services n'ont absolument rien vu venir. Je crois, en revanche, qu'ils ont sous-estimé l'extraordinaire compréhension du système américain par les auteurs des attentats du 11 septembre. Des gens connus, repérés, ont pu circuler impunément et utiliser tous les moyens de paiement et de communication sans être inquiétés. Sur le plan intérieur, il ne faut pas non plus oublier l'affaire des enveloppes contaminées à l'anthrax. Là aussi, c'est un échec incroyable : ils n'ont strictement rien trouvé !

Le 11 septembre a-t-il changé quelque chose aux relations entre les Américains et les services français ?

Les Français confient avoir découvert chez leurs homologues américains une humilité qu'ils ne leur connaissaient pas auparavant. Signalons aussi une autre évolution importante dans la coopération entre les deux pays. Les Français disposent d'un très bon système d'interception des communications (fax, Internet, téléphone...). La NSA, le grand service technique américain, a longtemps demandé à la DGSE de lui fournir les documents d'interception à l'état brut, qu'elle se chargeait ensuite d'analyser elle-même. Or, depuis quelque temps, la NSA n'exige plus les documents à l'état brut, mais préfère recevoir les analyses de la DGSE. La différence est fondamentale : c'est le signe que les Américains font désormais confiance à la compétence des Français. Dès l'après-midi du 11 septembre, les hommes de la CIA en poste à Paris s'étaient d'ailleurs précipités auprès de la DGSE et de la DST pour demander : "Mais qu'est-ce qui se passe ? Est-ce que vous pouvez nous aider ?"

Jean Guisnel, journaliste au Point et spécialiste des questions de défense et de renseignement, est l'auteur de La Citadelle endormie (éditions Fayard), un ouvrage consacré à ce qu'il appelle "la faillite de l'espionnage américain". Il vient également de publier, en collaboration avec Guillaume Dasquié, L'Effroyable Mensonge (éditions La Découverte), un livre visant à démonter, point par point, la thèse défendue par Thierry Meyssan à propos des attentats du 11 septembre.

Propos recueillis par Philippe Broussard

• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 16.06.02

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