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L’Elysée accuse les services secrets d’avoir enquêté sur M. Chirac sous le gouvernement de M. Jospin
Dixit : L’annonce n’est pas encore officielle mais la décision est acquise. Les chefs des services d’espionnage et de contre-espionnage français, dont la nomination incombe au président de la République, doivent être remplacés au cours des semaines à venir.

L'Elysée accuse les services secrets d'avoir enquêté sur M. Chirac sous le gouvernement de M.  Jospin


• LE MONDE | 22.06.02 | 14h24

L'annonce n'est pas encore officielle mais la décision est acquise. Les chefs des services d'espionnage et de contre-espionnage français, dont la nomination incombe au président de la République, doivent être remplacés au cours des semaines à venir. La cause de ces changements n'apparaît pourtant pas ressortir à la seule tradition d'une majorité succédant à une autre. Le directeur général de la sécurité extérieure (DGSE), Jean-Claude Cousseran, et son homologue de la Direction de la surveillance du territoire (DST), Jean-Jacques Pascal, sont accusés par l'Elysée d'avoir commandité - ou au moins toléré - des investigations visant la personne de Jacques Chirac et d'éventuelles "relations financières" du chef de l'Etat dans deux pays étrangers  : le Liban et le Japon.

Le soupçon est déjà ancien, mais il est, jusqu'à présent, resté confidentiel. Il a toutefois été clairement formulé à deux reprises par M. Chirac face à M. Jospin, à l'automne 1991, au cours des tête-à-tête hebdomadaires du président et du premier ministre, sans que la cohabitation n'en soit publiquement bouleversée. "C'est scandaleux  : vous utilisez les services de l'Etat pour monter des dossiers contre moi", avait accusé M. Chirac, rapportent - en termes concordants - deux sources respectivement proches du chef de l'Etat et de son ancien premier ministre. M. Jospin avait cependant contesté toute manœuvre relative aux "affaires".

Au mois de novembre, M. Chirac avait précisé son accusation  : la DST, assurait-il, avait exhumé de "vieilles rumeurs" relatives au versement d'une rançon, par le gouvernement qu'il dirigeait entre 1986 et 1988, pour obtenir la libération des otages français au Liban. Le président disait avoir été "informé" de ce que le service de contre-espionnage avait dénoncé à la justice le "détournement" d'une partie de cette rançon - dont les autorités françaises ont toujours nié l'existence - à des fins politiques. Convoqué le jour même par M. Jospin, le ministre de l'intérieur d'alors, Daniel Vaillant - qui exerçait la tutelle sur la DST -, avait ordonné des vérifications, sur la base desquelles le gouvernement avait assuré l'Elysée de sa bonne foi.

M. Chirac avait au moins raison sur un point  : une note de la DST sur le sujet avait bien été transmise au parquet de Paris, via la police judiciaire, le 19 janvier 2001. Elle ne visait toutefois en rien le président. Rien ne filtra de l'accès de tension entre les deux têtes de l'exécutif, mais l'épisode connut finalement un rebondissement public  : au mois de janvier 2002, le quotidien régional L'Est républicain divulgua l'existence de la note, et celle d'une information judiciaire ouverte au mois de juin précédent - qui visait en réalité le député européen (RPF) Jean-Charles Marchiani, proche de Charles Pasqua mais qui eut longtemps, aussi, ses entrées dans le premier cercle chiraquien (Le Monde du 8 janvier). L'entourage du président de la République semble en avoir conservé le sentiment d'un "coup" politique destiné à lui nuire, à quelques mois de l'élection présidentielle. A en croire certains de ses membres, il semble également avoir suspecté l'existence d'autres investigations confidentielles, notamment auprès de banques libanaises, destinées à identifier d'hypothétiques versements politiques effectués par le premier ministre et homme d'affaires libanais Rafic Hariri - avec qui M. Chirac entretient des liens d'amitié notoires.

La suspicion de l'Elysée à l'égard de la DGSE porte, elle, sur des vérifications qu'aurait entreprises le service secret du ministère de la défense sur un financier japonais à la réputation incertaine, Shoichi Osada, qui se prévalait volontiers de relations personnelles avec le président français (lire ci-dessous). Effectuées par le "Groupe des affaires protégées" - unité dépendant du "Service de renseignement de sécurité" (SRS), au sein de la direction du renseignement de la DGSE -, ces recherches semblent avoir conduit à la rédaction d'un rapport, en 1999, alertant les autorités sur le caractère sulfureux du personnage.

Nul ne dit, aujourd'hui, si les hommes de la DGSE - et a fortiori le gouvernement - en savaient ou en soupçonnaient davantage que n'en disait, à cette époque, la presse nippone. Amoureux notoire du Japon, où il effectue de longue date des séjours réguliers, M. Chirac avait, semble-t-il, rencontré au moins une fois le banquier Osada  : en 1994, il avait passé une nuit dans son luxueux hôtel, sur l'île d'Awashima. Un autre rapport fut rédigé, en 2000, à propos de la faillite de la banque de M. Osada. L'Elysée semble considérer que des investigations financières furent entreprises à cette occasion, à la recherche d'éléments susceptibles de compromettre le président.

Fermement démenties par la DGSE, les suspicions présidentielles se nourrissent notamment de la personnalité du chef du "Groupe des affaires protégées", le magistrat Gilbert Flam. Ancien juge d'instruction financier détaché à la DSGE depuis 1991, celui-ci avait appartenu, en 1988, au cabinet de Georges Sarre, secrétaire d'Etat (PS) chargé des transports dans le gouvernement Rocard. Portés à la connaissance du ministre de la défense, Alain Richard, ces doutes avaient en tout cas suscité une enquête interne à la DGSE, qui avait conclu à l'absence de faute du service secret. Mais tout porte à croire que l'Elysée et Matignon, mutuellement convaincus de la mauvaise foi de la partie adverse, étaient tombés d'accord pour laisser l'affaire en suspens jusqu'à l'élection présidentielle.

Le même attentisme a prévalu lorsque, au mois de février dernier, le directeur de la DGSE, M. Cousseran, et son directeur du renseignement, Jean-Pierre Pochon, se sont opposés à l'intérieur du service. M. Pochon contestait notamment la réorganisation de la DGSE, au terme de laquelle nombre d'informations sensibles lui échappaient, le responsable du SRS rendant compte directement à M. Cousseran, en éludant la voie hiérarchique. Or c'est de ce service que dépend l'unité suspectée par l'Elysée d'avoir enquêté sur le chef de l'Etat. Diplomate de formation réputé proche des socialistes, M. Cousseran se voit donc reprocher par l'entourage de M. Chirac d'avoir "au moins manqué de clairvoyance". Rien ne permet de dire que les recherches reprochées à ses services ont dépassé le stade des vérifications, ni qu'elles visèrent directement le chef de l'Etat. Mais l'ire présidentielle devrait suffire à provoquer son départ.

Hervé Gattegno

• ARTICLE PARU DANS L’EDITION DU 23.06.02

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