bUg <BR>Oth3r | Sécurité | vie privée | RE:vue de web |     | vie-privee.org | Big Brother Awards France | RenseignementsGeneraux.net
Fichier extrait de la mémoire cache de Bb) et -donc- des archives de bUg<BR>Oth3r, et +- nettoyé pour impression par rapport à sa VO sise à http://www.lemonde.fr/imprimer_article_ref/0,9750,3226--282747,00.html le 28 juin 2002 (la page a peut-être été modifiée depuis).

Bb) n'est ni affilié aux auteurs de cette page ni responsable de son contenu.

M. Bédier veut construire des prisons pour "restaurer l’autorité"
Dixit : Le nouveau secrétaire d’Etat aux programmes immobiliers de la justice, confirme la construction de nouvelles places dans les établissements pénitentiaires. Des "centres préventifs fermés" pour les mineurs délinquants, qui ne seront pas des "mini-prisons", verront également le jour.

M. Bédier veut construire des prisons pour "restaurer l'autorité"


• LE MONDE | 28.06.02 | 12h24

Vous avez été nommé secrétaire d'Etat aux programmes immobiliers de la justice. Quelles sont vos attributions par rapport à celles du ministre de la justice, Dominique Perben  ?

Il s'agit, sous l'autorité du garde des sceaux, de donner un coup d'accélérateur au programme immobilier de la justice, qui conditionne largement la politique de restauration de l'autorité publique, au cœur de la campagne présidentielle. Nous travaillerons donc avec la nouvelle agence de maîtrise d'ouvrage [créée en janvier 2002], pour compléter ce qui existe et créer des lieux, aussi bien en matière judiciaire avec les tribunaux qu'en matière pénitentiaire, avec de nouvelles prisons. Nous construirons également des centres fermés pour appuyer la politique du gouvernement en matière de lutte contre la délinquance des mineurs.

Le gouvernement s'apprêterait à créer 11 000 places de prison, dont 7 000 nouvelles. Pourquoi avoir décidé d'augmenter le parc pénitentiaire  ?

Je ne peux donner aucun chiffre pour l'instant, rien n'est tranché et nous sommes toujours dans la période des arbitrages. Mais il y a effectivement, dans ce gouvernement, la volonté de se donner les moyens d'avoir une politique pénitentiaire cohérente par la réhabilitation des établissements et la construction de nouvelles places.

De nombreux observateurs font valoir que la construction de nouvelles places débouche automatiquement sur une augmentation du nombre de détenus, sans résoudre les problèmes de surpopulation carcérale. N'est-ce pas rajouter du nombre au nombre  ?

Je comprends ce raisonnement, mais, si on le pousse à l'extrême, il faudrait alors carrément supprimer la prison. Plus sérieusement, il me semble important de ne pas sombrer dans l'angélisme. Nous ne sommes pas partisans de l'enfermement pour l'enfermement, mais chaque individu doit être responsabilisé. Il doit donc savoir que, dans la réponse de la société à sa déviance, il peut y avoir la prison. Et nous n'accepterons pas que des raisons matérielles nous empêchent d'apporter cette réponse à la délinquance.

En janvier, la population carcérale comptait 49 000 détenus, elle en compte près de 55 000 en juin, pour 47 000 places. Cette progression ne risque-t-elle pas de provoquer des incidents  ?

Il est vrai que la surpopulation carcérale constitue une limite à l'enfermement. C'est pourquoi il nous faut réfléchir aux peines de substitution. Mais il reste que, pour beaucoup de délinquants - criminels ou aux délinquants sexuels —, il n'existe guère d'alternatives à l'incarcération. Il nous faut donc être, en amont, le plus intelligent possible pour adapter notre parc pénitentiaire  : on pourrait imaginer, par exemple, des possibilités d'extension saisonnière des établissements afin de répondre aux fluctuations des incarcérations.

En 2000, un débat national a été engagé sur l'état des prisons, qui a débouché sur deux rapports parlementaires et l'élaboration d'un avant-projet de loi de réforme par l'ancien gouvernement. Qu'allez-vous faire de ce texte  ?

Je ne peux pas répondre à cette question, qui relève de la compétence du garde des sceaux.

Les futurs établissements pénitentiaires respecteront-ils le principe de l'encellulement individuel ou la création d'unités de visite familiale  ?

Je veux agir sans a-priori. Qu'il y ait des cellules individuelles est évidemment une bonne chose. Pour le reste, ce n'est pas forcément dans la norme absolue qu'on trouve satisfaction. Nous allons regarder ce qu'il est possible de faire, en respectant le principe qui veut que la prison doit également être un lieu d'éducation. Il n'est pas question d'en faire un lieu d'enfermement sans horizons.

Comment faire respecter l'obligation de la loi sur la présomption d'innocence du 15 juin 2000, qui entend faire bénéficier chaque détenu d'une cellule individuelle en juin 2003  ?

Je n'ai aucune hostilité de principe sur cet engagement, mais je suis sceptique sur sa faisabilité. Nous regarderons ce que nous serons en capacité de faire, le moment venu, avec la meilleure volonté possible. Je vois cependant mal comment on pourrait réussir en un an à faire mieux que pendant les deux années passées.

Le rapport du sénateur Paul Loridant sur le travail en prison dresse un constat assez catastrophique, en pointant les faibles rémunérations des détenus et l'absence de droit du travail...

Il faut normaliser les choses, afin que ce qui est, à l'évidence, choquant soit supprimé. S'il y a surexploitation, par exemple, ou temps de travail abusif, nous apporterons des correctifs. Cela dit, on ne peut pas imaginer que la vie en prison soit similaire à la vie à l'extérieur, ni faire des détenus des travailleurs comme les autres, qui bénéficieraient du droit du travail comme les autres.

Vous serez amené, dans le cadre de vos attributions, à construire des centres fermés pour mineurs délinquants. Pouvez-vous en dessiner les contours  ?

Il s'agit d'apporter un traitement éducatif contrôlé de ces mineurs qui empoisonnent la vie des quartiers et qui, sans être dans des situations délictueuses graves, développent des attitudes asociales telles qu'il faut les éloigner de leurs communes. Il faut, pour ces jeunes, une solution d'éducation renforcée provisoire, qui passe par un placement dans un centre où on n'entre et d'où on ne sort pas comme on en a envie, à l'instar ce qui peut se faire aujourd'hui. Ces centres préventifs fermés ne seront pas des "mini prisons", mais de petites structures de placement avec des murs et des horaires à respecter. Nous construirons également des centres éducatifs fermés pour les mineurs condamnés, et nous réfléchirons à la manière de transformer la prison des mineurs. Mais, dans tous les cas de figure, ces placements se feront sur décision de justice.

Quels seront les personnels qui encadreront ces jeunes, puisque les éducateurs de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) sont fermement opposés à l'idée de travailler dans des structures fermées  ?

Nous sommes ici malheureusement dans le domaine du fantasme. Je ne vois rien, dans notre projet, qui soit contraire à la déontologie de la PJJ, que, par définition, je respecte. Je ne vois plus personne être hostile à ce principe  : éloigner provisoirement un mineur qui provoque de graves perturbations dans le fonctionnement social de sa commune, et profiter de ce retrait pour l'éduquer.

Que répondez-vous à ceux qui accusent le gouvernement, en construisant des prisons et des centres fermés, de se lancer dans une pénalisation à outrance, à l'américaine  ?

J'ai d'abord envie de leur répondre qu'il faudrait qu'ils changent de disque, car je le trouve un peu rayé. Ensuite, je les invite à écouter ce que disent les électeurs  : si nous ne réussissons pas à restaurer l'autorité publique, je ne suis pas sûr que l'électorat populaire ait envie de nous confier à l'avenir des responsabilités. Et cela vaut pour nous comme pour l'opposition. L'angélisme fait le lit de l'extrémisme. C'est pourquoi nous allons mener une politique qui pose pour principe la restauration de l'autorité publique, dans le cadre démocratique et selon des principes humanistes.

Propos recueillis par Cécile Prieur

• ARTICLE PARU DANS L’EDITION DU 29.06.02

Droits de reproduction et de diffusion réservés © Le Monde 2002
Usage strictement personnel. L’utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la licence de droits d’usage, en accepter et en respecter les dispositions.
Politique de confidentialité du site.
Besoin d’aide ? faq.lemonde.fr