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BB@BX - 13/02/2002 #######

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Pourquoi
est-il impératif de protéger ses données quand on
est journaliste ?
"L'informatique
laisse des traces, et chaque trace sur Internet est a priori enregistrée
-un véritable archivage généralisé- et peut
aisément être interceptée, lue, utilisée par
un tiers. Un fois ces deux principes posés, il paraît logique
de protéger ses données, quand bien même la sécurité
informatique est un processus où rien n'est fiable à 100%.
Et cette "responsabilité informatique" ne vaut pas que
pour les journalistes d'ailleurs, d'autres professions, comme les avocats
par exemple, sont aussi tenus au devoir de confidentialité.
Ce n'est pas seulement pour éviter le risque de l'employeur qui
surveille votre courrier. La protection de ses sources en dépend,
ainsi que celles des infos "#off". Tout est évidemment
fonction des risques que tu prends... Personnellement, en travaillant
sur des sujets touchant à la sécurité informatique,
aux "pirates" informatiques, aux services de renseignements,
je suis obligé de protéger mes données, d'utiliser
la cryptographie, de disposer d'une partition cryptée, de faire
attention aux traces que je laisse...
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L'année
dernière, 5 journalistes ont été arrêtés,
notamment par la Division nationale antiterroriste (DNAT), et leurs ordinateurs
saisis. Et, plus que les personnes, ce sont les ordinateurs qui peuvent
"parler". Une journaliste du Canard Enchaîné, qui
enquêtait sur la DRM, s'est aussi fait voler son ordinateur, au
sein même de sa rédaction, ce qui arrive à de plus
en plus de personnes exerçant des métiers "sensibles".
Tout le monde devrait donc utiliser la cryptographie, et a fortiori les
journalistes. Pour protéger ses sources et pour donner l'exemple,
aussi : si les journalistes ne le font pas, qui le fera ?".
Pas un peu parano le Bug Brother ?
"On assiste, depuis des années, à une diabolisation de la cryptographie, sans raison valable : ce n'est pas moi qui suis parano, ceux sont ceux qui tentent de dissuader les citoyens de s'en servir. En faisant l'analogie avec le courrier postal classique, ne pas crypter ses mails correspond en gros à ne poster que des cartes postales, que tout à chacun peut lire. Est-ce parano que de mettre son message dans une enveloppe et de fermer cette dernière ? Tout le monde le fait en tout cas, sans être parano pour autant !".
Quelle est la situation actuelle chez les journalistes
?
"Déplorable ! Déjà que la majorité des
journalistes dits "Internet" (soit parce qu'ils ont choisi cela
comme spécialité, soit parce qu'ils travaillent sur ce media)
ne connaissent pas l'outil informatique et sont bourrés d'idées
préconçues... Les autres, c'est même pas la peine
d'en parler. Alors que je le répète, il s'agit vraiment
de la responsabilité du journaliste".
Et à propos de la responsabilité
qui incombe aux éditeurs de protéger les données
nominatives qu'ils collectent ?
(1) Ou celle des journalistes par rapport aux contenu de leurs e-carnets d'adresses
convoités par des tiers ?
(2)
"La
protection des données personnelles relève, à mon
sens, de la responsabilité de l'internaute. C'est à chacun
d'avoir conscience de ce qu'il donne et de ce qui en est fait : on ne
peut pas se contenter d'attendre que le site que l'on visite, ou que les
prestataires de services par lesquels on passe, protègent votre
vie privée. D'autant qu'ils sont tenus, techniquement et légalement,
de garder des traces de ce que vous faites.
Cela devrait aussi relever de la responsabilité de l'Etat. Et à
ce titre, on ne peut que déplorer les projets liés au coffre-fort
électronique, qui prévoit de centraliser sur un serveur
dit sécurisé, les données personnelles des citoyens.
Ces derniers perdraient ainsi le contrôle de la protection des données
nominatives les concernant. Il est urgent de penser autrement et de créer
ce "coffre-fort électronique" sur les ordinateurs de
chaque citoyen, en cryptant une partition de son disque dur. La dispersion
des données est une très bonne protection.
J'en profite pour dire qu'il faut arrêter de se leurrer : en France
comme ailleurs, le respect de la vie privée est reconnu dans les
textes mais guère appliqué. Echelon, Frenchelon et consorts
en sont l'expression la plus visible, sans parler de tous ces "Little
Brothers" domestiques et privés dont c'est le rôle,
sinon le métier : la surveillance est un métier, qui rapporte
de plus en plus".
Quelles sont les
précautions qu'on peut aisément prendre (sans considérer
le non-usage total d'Internet et de l'informatique) ?
- "Ne
révéler sa véritable identité que lorsque
l'on y est obligé, éviter de l'utiliser dans l'intitulé
de son adresse e-mail, et ne pas hésiter à faire des fautes
d'orthographe pour effectuer une traçabilité de ceux qui
vous fichent. Utiliser plusieurs comptes e-mail ".
- "Crypter
ses échanges e-mail avec GPG, la version "libre" de
PGP".
- "Installer
une partition cryptée, "coffre-fort électronique",
sur son disque dur pour y stocker ses données à protéger".
- "S'informer
et se tenir informé du fonctionnement et des failles des systèmes
(logiciels, sites et services web...) que vous utilisez, et des évolutions
législatives dans le domaine de l'Informatique et des libertés".
- "Ecraser
définitivement les données que l'on veut effacer (les
jeter à la corbeile ne suffit pas), et swiper
(3) régulièrement les secteurs du disque
dur où ont été stockées des données
sensibles".
Au-delà
des aspects spécifiques liés au métier, quel est
le plus gros risque de tout ça pour l'internaute ?
"Les usages divers des données personnelles, leur commerce
et leur circulation menacent tout simplement le droit à la vie
privée, sans lequel il n'existe pas de liberté. Aux Etats-Unis,
une des premières causes de cybercriminalité est l'usurpation
d'identité, facilitée à mesure que nos données
personnelles se retrouvent dans un nombre grandissant de serveurs plus
ou moins sécurisés. Le plus gros risque est bien celui du
vol de son identité, qui peut être détournée
et servir à la création de preuves par usurpation. Et apprendre
à passer outre la Loi sur la sécurité quotidienne
(4), qui met en place des mesures risquant fort de créer
des "dommages collatéraux" : de plus, cela permet de
se sensibiliser à la sécurité infotmatique et aux
principes de protection de la vie privée".
Alors ? Bientôt un nouveau site ?
"Dans le cadre du Forum de l'insoumission et de la désobéisance
("Vu que vous vous permettez l'anticonstitutionnalité, nous
nous permettons la désobéissance civile"), suite à
la légalisation du fichier STIC
(5), suite au passage de l'anticonstitutionnelle loi "LSQ",
suite à la criminalisation des mouvements sociaux et syndicaux,
un nouveau site
(6), permettra de surveiller ceux qui nous surveillent.
Le site a pour but de faire valoir les droits des citoyens face au fichage
policier, en expliquant comment consulter son fichier des Renseignements
généraux via la CNIL. Explication de la procédure,
information, débat..."
Propos
recueillis par Lns le 13/02/2002.
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