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« Vos papiers ! »
Dixit : Libération, Le Monde.

« L’insécurité liée à la police ». C’est que dénonce Karim Latifi, 28 ans. Ce 22 février, soir de l’aïd el-kébir, ce consultant en informatique compte passer la soirée en famille. Mais, vers 21 h 30, des cars de police bloquent la rue Rébeval, dans le XIXe arrondissement de Paris. Il stoppe sa voiture. Soucieux de la vie de son quartier et de ses « petits frères et soeurs », cet homme s’inquiète de la « concentration » d’uniformes, « envisage le pire », salue deux jeunes qui subissent un contrôle d’identité et se renseigne auprès des policiers.

« Bonsoir, pourriez-vous me dire ce qui se passe ? » Un policier mal embouché l’envoie paître : « De quoi tu te mêles ; allez, casse-toi. » Karim Latifi demande au fonctionnaire de le vouvoyer. Riposte immédiate : « Vos papiers ! » Il obtempère, « Bien sûr, monsieur », et subit une palpation en règle, mains sur le mur. A son tour, un jeune réagit : « Pourquoi vous le traitez comme ça ? » Un membre des forces de l’ordre s’énerve : « Ferme ta gueule, p’tit con, on t’a pas demandé de la ramener. » Karim Latifi intervient : « Excusez-moi, mais comment voulez-vous que les jeunes vous témoignent du respect si vous les insultez ? » Un homme en uniforme le prend alors à partie. « C’est quoi ton problème ? Tu veux jouer aux hommes ce soir ? »

Escalier. Selon le consultant en informatique, ce policier blond, « genre 1,90 m et 110 kg », le fait reculer jusqu’à l’angle des rues Rébeval et Jules-Romains, puis le pousse dans un escalier. « Je suis déséquilibré ; il sort sa matraque et me frappe à la tête, puis se rue sur moi, me tape au visage, cette fois-ci avec sa jambe. Je suis terrifié, je sens presque le sol vibrer entre ma tête et mon épaule. Je crie au secours. Je me traîne plus loin. Une dizaine de policiers se ruent sur moi. C’est un déluge de coups de poing, de pied, de matraque et d’insultes, "sale Arabe", "fils de pute". » A moitié KO, la figure tuméfiée, Karim Latifi dit avoir été menotté, serré et obligé de « lécher le mur », puis conduit au commissariat du XIXe. Là, il rencontre enfin un lieutenant qui ne le rudoie pas, mais le vouvoie et, prévenant, le raccompagne : « Je ne retiendrai rien contre vous, je vous libère, voici votre sac. »

A l’Hôtel-Dieu, les médecins décèlent chez Karim Latifi plusieurs « traumatismes » au dos, au nez et à la nuque, et des hématomes aux mains et aux jambes. Résultat : cinq jours d’interruption temporaire de travail (ITT). La victime dépose aussitôt plainte à l’IGS (police des polices), qui enquête en préliminaire pour le procureur. « Après un petit coup de chaleur avec des jeunes du quartier », l’IGS a répertorié les policiers du XIXe (service général et brigade anticriminalité) et de la 21e compagnie de district qui se trouvaient rue Rébeval. Interrogé, le commandant de l’opération a stigmatisé le « comportement provocateur » de Karim Latifi, qui incitait, selon lui, les jeunes « à ne pas se laisser contrôler » et refusait de donner ses papiers. Dans ce cas, l’IGS se demande pourquoi « si on a quelque chose à reprocher à M. Latifi et qu’on le ramène au poste, on le libère sans établir de procédure, pour rébellion par exemple ? »