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Après le NY Times, c’est Fox qui purge ses archives en ligne
Dixit : Chroniques de Cybérie.

Après le New York Times qui a trafiqué ses archives en ligne pour amender un article compromettant pour les autorités, c’est au tour de la chaîne Fox de retirer de ses archives en ligne les transcriptions de quatre reportages sur le démantèlement d’un présumé réseau d’espionnage israélien aux États-Unis. « This story no longer exists » (ce reportage n’existe plus) peut-on lire à l’adresse où se trouvait, le 11 décembre, la transcription du premier d’une série de quatre reportages de Carl Cameron sur cette affaire d’espionnage.

La censure a posteriori est-elle possible à l’ère d’Internet ? De moins en moins. Le site Web d’allégeance conservatrice FreeRepublic.Com a d’abord hébergé sur son site les transcriptions des reportages de Carl Cameron pour ensuite les retirer, mais des versions intégrales des transcriptions ont vite fait d’apparaître sur divers sites Web.

Du 11 au 14 décembre, Fox diffuse en rafale quatre reportages de Carl Cameron dans le cadre de son émission « Special Report » animée par Britt Hume. Cameron, sur la foi de documents confidentiels, affirme qu’avant le 11 septembre 2001, 140 individus d’origine israélienne ont été détenus ou arrêtés dans le cadre d’une vaste enquête sur des activités d’espionnage de l’État d’Israël menées aux États-Unis. Après le 11 septembre, une soixantaine d’autres personnes ont été arrêtées et ou détenues pour les mêmes motifs.

Selon Cameron, le réseau d’agents israéliens avait pour cible la DEA (agence de répression des drogues), le FBI (police fédérale), des douzaines d’installations gouvernementales, des bureaux secrets, et même les résidences privées de hauts cadres des services de renseignement étasuniens. Mais les agents israéliens épiaient également de près les agissements de groupes islamistes aux États-Unis, certains très près des cellules responsables des attaques du 11 septembre. Cameron lance alors la question explosive : comment pouvaient-ils [Ndlr. les agents israéliens] ne pas savoir ce qui se tramait ? Dans ses reportages subséquents, Cameron implique des entreprises israéliennes du secteur de la haute technologie ayant pignon sur rue aux États-Unis (Amdocs, Comverse Infosys) qui auraient aidé les agents dans leurs activités de surveillance électronique.

Le 28 février, Guillaume Dasquié, rédacteur en chef du bimensuel Intelligence Online, dit détenir un rapport confidentiel de 61 pages qui confirme l’existence du réseau d’espionnage israélien. Le journal Le Monde , dans son édition du 5 mars, reprend l’information et décrit le réseau : « une centaine d’agents israéliens, certains se présentant comme étudiants en beaux-arts, d’autres étant liés à des sociétés d’high-tech israéliennes. Tous ont été interpellés par les autorités, interrogés et une douzaine d’entre eux seraient encore incarcérés. L’une de leur mission aurait été de pister les terroristes d’Al-Qaida sur le territoire américain, sans pour autant en avertir les autorités fédérales. Des éléments de cette enquête, repris par la télévision américaine Fox News, renforcent la thèse selon laquelle Israël n’aurait pas transmis aux États-Unis tous les éléments en sa possession sur les préparatifs des attentats du 11 septembre [...] Interrogé par Le Monde, Will Glaspy, du département Public Affairs de la DEA, a authentifié ce rapport, dont la DEA "détient une copie". »

Autre information du Monde : « beaucoup des "étudiants en art plastique" soupçonnés d’activité illicite ont un passé militaire dans le renseignement ou des unités de technologies de pointe. [...] Plusieurs sont liés aux sociétés de high-tech israéliennes Amdocs, Nice et Retalix. Interpellée, une "étudiante" a vu sa caution de 10 000 dollars payée par un Israélien travaillant chez Amdocs. Interrogés, deux autres reconnaissent être employés par Retalix. Le Monde a obtenu d’autres informations non contenues dans ce rapport. Six des "étudiants" interceptés possédaient un téléphone cellulaire acheté par un ex-vice-consul israélien aux États-Unis. »

Toujours le 5 mars, Ted Bridis de l’Associated Press (spécialiste des questions de surveillance, notre chronique du 4 décembre 2001 ), traite de l’affaire, mentionne le rapport de 61 pages obtenu par Intelligence Online, et précise que l’authenticité du dit rapport a été confirmée par le porte-parole de la DEA à Washington, Rogene Waite. Bridis rajoute une information intéressante : en mars 2001, le National Counterintelligence Executive (agence gouvernementale des États-Unis) avait émis un avertissement aux employés de l’administration publique fédérale. Le NCE faisait état des activités de groupes de personnes se décrivant comme « étudiants israéliens en beaux-arts » qui tentaient d’obtenir des renseignements sur des installations gouvernementales : « Des agents de la police fédérale ont arrêté deux de ces individus pour violation de propriété et découvert qu’ils étaient en possession de visas et permis de travail contrefaits. »

Mercredi, 6 mars, à Washington, des porte-parole de l’administration publique nient tout lien entre la présence de ces individus en sol étasunien et un soi-disant réseau d’espionnage. Selon le Washington Post , on impute maintenant le rapport secret de 61 pages à un enquêteur de la DEA mécontent des conclusions auxquelles ses collègues du FBI et de la CIA en seraient arrivés, soit qu’il n’y avait pas de réseau d’espionnage. On reconnaît qu’au cours des neuf premiers mois de 2001, on a arrêté et déporté des douzaines de ressortissants israéliens, mais qu’il s’agissait de personnes qui ne disposaient pas de documents en règle.

Puis, ce 11 mars, le périodique Insight on the News revient sur l’affaire, affirme que ses journalistes menaient eux aussi une enquête sur ce réseau d’étudiants en beaux-arts au comportement des plus étrange, et accrédite la thèse de Carl Cameron et de Intelligence Online.

Il s’agit d’un dossier éminemment délicat, mais on s’explique mal qu’une chaîne de télévision comme Fox supprime sans explication de ses archives en ligne les premiers éléments d’une enquête journalistique. Comme dans le cas du New York Times, il s’agit d’une décision qui mine la crédibilité du médium et son potentiel d’archivage de documents. Laisserait-on faire s’il s’agissait d’un autre médium ?

D’autre part, aucune des sociétés israéliennes impliquées par le reportage de Fox n’a menacé de poursuivre la chaîne de télévision ou son journaliste. La reprise sur d’autres sites Web des transcriptions n’a jusqu’à présent entraîné aucune menace de poursuite de la part de Fox pour violation de droits d’auteurs. Devra-t-on par contre, dès que l’on consulte un dossier « sensible », s’empresser de s’en faire une copie personnelle de peur qu’il ne disparaisse ?