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Des ex-policiers pris la main dans les fichiers
Dixit : Libération.

Policier est un métier d’avenir même quand est on ne l’est plus officiellement. Vingt-trois prévenus, dont une dizaine d’anciens policiers et des agents du fisc, comparaissent depuis mercredi devant le tribunal correctionnel de Paris pour avoir participé à un trafic d’informations. Couvertes par le secret professionnel et puisées dans différents fichiers administratifs : fichier général des antécédents judiciaires, fichier des véhicules volés, cartes grises, renseignements sur les contribuables.

Costumes sombres, chemises bleues, on se serre sur le banc des prévenus. « Entre amis », c’est leur couplet préféré quand il s’agit de qualifier ces échanges de « petits tuyaux » communiqués, répètent-ils, sans contrepartie financière. Jean Manzoli, 72 ans, fait figure de chef d’orchestre dans ce concert de confraternité un peu suspecte. Gérard Bonafé, 44 ans, est un peu son premier violon. Ils sont poursuivis pour « corruption active de dépositaire de l’autorité publique » et « complicité et recel de violation du secret professionnel ». Ils se sont connus à la section presse des Renseignements généraux (RG). « Bonnafé était un garçon très actif. Je lui ai appris le métier », dit Manzoli, qui a pris sa retraite en 1985. Sans pour autant se ranger des fichiers bien informés. Sa reconversion évoque une pratique assez courante, parmi les anciens policiers qui mettent à profit leur savoir-faire pour travailler dans la sécurité, l’investigation ou encore le gardiennage.

Voilà donc Manzoli employé par la Société française d’assurance crédit (SFAC), puis salarié d’Eirpace, dont le directeur Jean-Pierre Fourès, également prévenu et ancien policier, dit pudiquement qu’elle « fait des enquêtes et renseigne les sociétés privées sur la probité des personnes avec lesquelles elles traitent. Jean arrivait le matin, assurait une présence physique, préparait le café. C’était un bon rédacteur. Il a aussi un vrai don pour faire parler les gens, endormir leur méfiance et recueillir leurs confidences ». Mais jamais, souffle-t-il, il ne s’est douté des méthodes de son salarié. Manzoli, la main sur sa béquille à cause de sa jambe défaillante, alterne morgue et obséquiosité : « Je n’ai jamais fourni de renseignements policiers à Eirpace. M. Fourès, eu égard à sa carrière, n’avait pas besoin de moi pour obtenir des informations. »

Manzoli, selon l’accusation, savait pourtant aller frapper à la bonne porte pour se rancarder. Notamment auprès de « Coco » . C’est ainsi qu’il surnomme Colette Bouquet, 56 ans. Cette dame blonde serre le micro pour dire qu’elle connaît Manzoli depuis 1972, qu’ils « prenaient des consommations » ensemble périodiquement. Au début des années 90, elle est gardienne de la paix au Service des archives et du traitement de l’information (Sati). « J’avais accès à tous les fichiers », dit-elle en reconnaissant qu’elle a répondu aux demandes de Manzoli « par amitié ». Des adresses, des numéros d’immatriculation. « Tous les collègues à la retraite sollicitent des renseignements. Même nos patrons le font », soutient Colette Bouquet sous les rires de la salle. « Coco » raconte aussi que Manzoni l’invitait parfois à manger au restaurant « à côté du Palais de justice. C’est pas la Tour d’argent ».

Gérard Bonafé était visiblement à l’aise dans cet entrelacs de copinages et de renvois d’ascenseurs. Il se met en disponibilité des RG, monte une première société de conseil en sécurité mais revoit ses collègues policiers : « Il y avait un caractère d’échanges dans nos relations. Je participais aux pots de départ. On faisait des paris sur les résultats des enquêtes. » Pierre Gagnayre, un ancien aussi des RG, qui aurait fourni des informations à Bonafé, confirme ces pratiques : « Tous les fonctionnaires qui partent des RG et qui sont qualifiés sont recrutés, par exemple, chez Thomson ou chez Renault. Là-bas, on leur dit : "On va embaucher quelqu’un. Est-ce que tu peux appeler tes anciens collègues pour te renseigner sur lui ?" C’est un principe. Mais, simplement, c’est du non-dit. » Gagnayre a, lui-même, consulté des fichiers pour Georges Lopez. Cet ex-policier reconverti dans le groupe Casino et aussi prévenu raconte : « Je lui demandais si les gérants de supérette que l’on voulait recruter étaient fiables. » Gagnayre : « On avait un langage, quand je lui disais "A", c’était bon, "B", c’était mauvais. »